Archives mensuelles : août 2014

A une jeune haïjin…

A une haïjin en herbe qui m’a envoyé ses textes par mail, je réponds par une lettre à la main, le courrier est le luxe de ma vie. Pour moi, le haïku est presque un poème brut !

Je cite celui de Thierry Cazals (La Volière vide) :

un enfant à chaque main
je vais voir
pisser les vaches

Voilà ce qui s’est passé : les enfants ont dû demander au jeune père (ou au grand-père ou à l’oncle…) d’aller assister encore une fois, rituellement, à la scène dans un champ ou paît le bétail. Je vois le tableau avec les yeux de l’enfant que j’étais jadis, en vacances en Normandie.

L’ombre d’un clou que l’on essaie de peindre en vain, la bestiole rouge qui perfore vos futurs lys mais que l’on ne tue pas, voilà le haïku. Il se passe cette chose… que quelqu’un d’autre pourra reconnaître et goûter, condition même de l’existence du haïku (1). Au lecteur de trouver la beauté là où il ne s’y attend pas : dans le souffle qui s’élève d’un museau, le chant caché dans une haie d’aubépine ou… dans le jet fumant qui atterrit bruyamment dans une bouse.

La structure 575 n’est pas un critère absolu. La marelle à la craie est un cadre, certes, mais un cadre approximatif aux jeux et à la joie de ceux qu’elle attire pour y sauter un moment, sur un seul pied. On dit que le haïku existe seulement quand il est lu… et apprécié.

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