Archives mensuelles : décembre 2014

Folie de juillet

Ce mois de juillet (passé) j’ai fait peu de choses mais j’ai essayé de les faire bien. J’ai reçu par courrier de bons rebonds et de bonnes ondes, ce qui m’a consolé de dix jours de rage dentaire.

Thierry Cazals m’a envoyé par mail la photo de Vincent Delfosse (coauteur de La Volière vide) que je n’ai jamais rencontré. Pour la première fois son visage apparaît devant moi : il est émouvant dans la lumière orangée d’un café, comme un halo bouddhiste un peu flou.

Journées de peinture blanche (de solives) et de confitures dorées (d’abricots volés). Impression de clarté et d’élévation avec le volume retrouvé dans la maison. Branche secouée de l’abricotier à l’aube et rires devant le tremblement de terre que cela provoque sur le macadam.

Tours de vélo au plan d’eau du Canada avec mon amie C. de Beauvais. Elle écrit aussi et partage avec moi un état de gentille folie reposante. Je me sens bien avec elle.

Halle Saint-Pierre à Paris. Avec ma fille, vu des oeuvres d’Art Brut qui lavent le regard et réjouissent le coeur. Ces artistes «fous» ont les deux qualités que j’admire le plus – patience et enthousiasme – et ne se sont jamais posé la question : A quoi bon ? ! Ils ont trouvé leur riche chemin fourmillant de diversité… Pour le spectateur, l’impression de libération est durable.

Le regard sous la casquette de Vincent, était-t-il celui d’un fou ? J’ai bien sûr pensé à la folie appliquée et opiniâtre de mon ami Jean-Claude Bardot : tous les matins, poème. A chaque lever, poème, lampe allumée, poème !

Les artistes «bruts» n’ont pas fait autre chose : suivre le fil ténu de leurs obsessions et le dérouler pour l’enrouler encore dans un autre sens, sur un autre écheveau. Se lançant éperdument dans leur art, sans le souci de percer ou de paraître… Voilà mon mois de juillet où j’ai travaillé aussi à élaborer le projet Cent haïkus pour la Paix…

à quelle vitesse
la chenille poilue traverse
la route au soleil

Encore à la main

Je reçois un mail, personnel (à mon prénom) d’une société qui me propose la numérisation de tous nos livres pour la diffuser par e-book. Avec l’appui logistique d’Amazon, je pourrais bénéficier de… millions, milliards… Je n’aurai plus de problème de stock, j’attirerai de nouveaux auteurs… argue le copié-collé. Voilà le problème : je veux peu de tout, de mails, de nouveaux auteurs, et de millions.

Tous les matins : une heure de courrier à la main minimum. Et cette jolie plage horaire a tendance à s’allonger à la faveur du dernier été indien-picard. En même temps, je réponds à force mails, parfois pour dire : je t’écrirai une vraie lettre.

A tel poète qui me propose un manuscrit joint en pdF, je réponds par une carte postale : «Merci de m’envoyer votre manuscrit par la Poste»… A telle autre évoquant des mailentendus, je réponds : Rencontrons-nous, regardons-nous dans les yeux, buvons un verre ensemble, et ces querelles courriellesques s’évanouiront… Nous nous entendrons bien, forcément, puisque nous nous verrons.

Ah, heureux le temps des vacances, le temps du peu-de-mails, où l’on peut faire croire que l’on n’est pas là, où l’absence est un droit. Le temps où je ne suis pas connectée même si c’est faux : quelle joie. Où mes cinq sens font leur travail loin de toute connexion : la définition de la vraie vie pour moi.

L ‘écran est comme l’estran : les petits coquillages et les cailloux dessus disparaissent à chaque nouvelle marée, et il ne reste rien. Je ne conserve vraiment que les lettres reçues, dans un carton (dans plusieurs cartons, dans deux grandes malles en fait). Aux mails trop longs je réponds : si vous voulez me joindre, me toucher, répondez-moi donc à la main. J’emporterai ma lettre dans le jardin et je la lirai assise sous les deux pieds de maïs gigantesques… et loin de toutes ces « news » idiotes ou graves que les messageries nous offrent en page d’accueil.

Quand j’écris à la main le temps se dilate. En traçant les lettres à la main, je caresse mes heureux destinataires, je rentre dans le vrai dialogue intime, le tête-à-tête précieux. J’écris d’ailleurs ceci à la main, avant de le taper…

 

parfaitement nue

la main qui tient la plume

L’automne s’avance

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