Archives mensuelles : juillet 2016

Doutes d’éditrice

Doutes d’éditrice

Doutes d’éditrice, doutes d’existence… Il est plus difficile que jamais, ce métier. Car quoi publier ? (et quoi écrire ?) Les haïkus qui célèbrent l’instant sont à la peine : trop de choses tristes ces derniers temps.

On voudrait Y échapper… On voudrait y échapper lors d’un long week-end d’été entre cousins en Lorraine. Les enfants jouent aux cartes, les adultes prolongent le repas autour d’une autre bouteille et tout s’interrompt soudain quand l’ado se précipite, portable à la main, vers nous (vers moi surtout) : Tu as vu, Nice ?! On n’était pas au courant, on ne réagit pas assez vite… Nous consolerons longtemps Pablo, assis sur le bord de la baignoire. Loin du drame mais si proches, connectés sans répit à un monde d’images et de violence.

Je voudrais me concentrer sur ma mare si belle à l’aube.

Le soleil levant transperce les feuilles du saule, les carapaces des deux tortues se hissant hors de l’eau luisent, le héron vient pêcher donnant à voir sa longue silhouette immobile. Sur la petite cabane flottante, les jeunes poules d’eau font leur toilette à côté du couple de canards.

Ce monde-là est beau, ce monde-là mérite d’être saisi.

Continuer à aimer la vie, s’attarder plus que jamais sur l’instant quand il est heureux… et l’écrire.

Tout à l’heure, au bord de la mare, il y avait une très petite fille dans les bras de sa jeune grand-mère. Si belles toutes les deux sous le saule…

Les canards… Regarde !
La petite fille s’intéresse
à une hirondelle

isabel Asúnsolo
Plouy Saint-Lucien, 21 juillet 2016

Merveilleux atelier

Merveilleux atelier

Au collège de Poix de Picardie, accueillie ce mois de juin par Aurore Pointin, documentaliste, j’ai rencontré des 6èmes…

J’ouvre au hasard le livre Trois feuilles sur la treille et lis :

Petits pas pressés
Sous les lourdes frondaisons
l’odeur de la pluie

… de Monique Mérabet, haïjin réunionnaise.

Voilà un merveilleux haïku ou plusieurs sens se mêlent. L’ouïe, l’odorat, le toucher aussi. Je demande aux enfants ce qu’ils savent de l’île de la Réunion, sa localisation, son climat. Aussi : qui peut-être le protagoniste de la première ligne ? Les réponses fusent : Une petite grand-mère ? Un enfant ? Ou une femme au long sari ? Ce mystère de la première ligne est intéressant, on pourrait écrire une histoire !

Et la frondaison ? Nous cherchons sa définition dans le dictionnaire et trouvons des mots proches : touffu, exubérant, dense

Puis, cahier et crayon en main, nous sortons dans la cour du collège expérimenter cette forme de végétation car les dernières draches (pluies picardes) ont rendu la végétation spécialement opulente. Je demande aux bientôt adolescents de toucher les écorces des bouleaux, un buisson gonflé d’eau, la colonne en zinc… et de regarder le lierre épais qui cache les troncs des érables et tout ce qui saute aux yeux : les fourmis mais aussi deux hommes en train de souder le toit du gymnase.

Ecrivez de courtes phrases (mais pas trop courtes) pour noter tout ça, leur dis-je… Nous en ferons des haïkus à notre retour à la bibliothèque. Vous avez le droit de tout écrire !

Cet atelier tactile a merveilleusement bien marché, tout le monde s’est pris au jeu d’écrire et nous récoltons de très beau textes.

Deux hommes sur le toit
Les flammes touchent le ciel
Souffle du printemps !

Maëlle

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