Archives mensuelles : octobre 2016

Haïku qui es-tu ?!

Haïku, qui es-tu ?!

Le haïku, quel mystère. Ces trois lignes et sa poignée de syllabes, quel champ d’expérimentation ! Plus je le connais et plus il m’échappe. Comme le haïku se dessine presque au moment où la scène est vécue (la vie d’abord, les mots ensuite…), plein d’éléments subtils entrent en jeu, rebondissent et se collapsent.

J’étais au volant tout à l’heure, la radio allumée. Quelques mots capturés au vol entre le hameau et le plan d’eau de Canada : Vie de l’esprit ? ou Vide l’esprit ? sont entrés en collision (pas moi !) avec les bouquets de coquelicots rouges au bord de la route… Est-ce que le haïku était là ? Dans ce mélange de perceptions et de mots saisis ?

A Plouy, ce midi, j’ai aperçu par la fenêtre le héron posté sur la maisonnette de la mare. À peine m’a-t-il vue, immobile comme lui et le guettant, qu’il a pris son lent envol… Le haïku était là, dans ce profil à peine entrevu, dans notre mutuelle et muette surprise.

Ce que je lis (avec ou sans lunettes) rentre en jeu aussi. Et ce que je sais. Ah, ce que je sais ! Je m’efforce de garder la spontanéité de mes débuts. Tout en étant bien consciente que cet effort fait s’évanouir l’innocente magie du petit poème…

Je ne peux pas non plus éviter que ma langue (mes langues !) fourchent et jouent : les mots et leurs dérivés se bousculent et riment, les comparaisons et métaphores affluent. Car comment écrire un poème sans mots ?

Mes rêves – dont je perçois mal parfois la limite avec la vraie vie – s’invitent dans la danse. Et le terrible inconscient… Et la fine vie invisible !

Aussi difficile à attraper qu’un papillon, aussi instable et robuste qu’un coquelicot en train de s’ouvrir, voici le haïku !

Facile au début, et de plus en plus difficile…
Je lis et relis les Japonais. Doutant toujours autant.
J’écris ces trois mots alors que l’ombre d’une hirondelle survole ma page.
Lucide je suis : je ferais mieux d’écrire un haïku, plutôt que d’écrire sur lui !
Me voici prise au piège…

Alors, haïku, qui es-tu ?

Un poème qui cherche à dire le mieux possible cette scène qui m’a intimement bouleversée…
Qui vise la si difficile simplicité…
Bien au-delà de la pure description…
Aimant à cultiver un certain mystère…
Subtil et stimulant jeu littéraire où le lecteur joue un rôle essentiel…
Qui relie les gens, voyage et se traduit…
Que l’on parodie…
Qui la joue collectif…
Rebondissant toujours…
Qui m’encourage à écrire mais freine aussi mon élan !

Expression d’une contradiction permanente et oxygénante, je n’ai pas fini de t’explorer, de te connaître. Comme un être aimé.

L’âge de la lune ?…
je dirais treize ans
environ

Issa

isabel Asúnsolo, octobre 2016

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