Archives mensuelles : septembre 2018

Nouvelles de Plouy

Nouvelles de Plouy (du 7 septembre)


Comme j’ai beaucoup de demandes
de nouvelles de Plouy,
en voici vite, avant que j’oublie, avant que ça change…
N’écris pas trop vite, me dit une petite voix, écris bien.
Mais si je me soucie de mon écriture, si je la travaille trop,
eh bien, tout va s’échapper
comme le rêve que j’oublie de raconter.

Nous avons, depuis la rentrée
un abribus à Plouy.
Avec un panneau de pub sous verre, un vrai panneau comme dans la vraie ville.
Je l’aperçois de ma fenêtre, bien planté.
C’est amusant parce que, à part les enfants qui prennent le bus scolaire
de 8h du matin,
il n’y a personne à attendre là.
Je me demande si c’est un panneau moderne, connecté :
qui regarde qui le regarde, enregistre, analyse la fréquence
et les expressions des passants, puis mesure (comment?) son impact…
Ce serait un bon thème pour une nouvelle.

La semaine dernière, il y avait la photo souriante de deux silhouettes,
une assise et une debout.
Vu de ma fenêtre,
je croyais qu’il y avait du monde, à l’abribus.
Q
uelques jours plus tard, ce fut le tour d’un aspirateur rouge,
sans fil peut-être,
mais avec un gros coeur-moteur à 39,99 euros je crois.
Pour aspirer quoi ? Les duvets de tourterelle ?
Pas les papillons j’espère, ni les queues d’hirondelle,
ni les demoiselles,
qui sont à l’heure cette année comme chaque début septembre.

Ou alors un aspirateur pour aspirer les feuilles de septembre ?
Notre vieux prunier
a commencé à laisser s’en échapper quelques-unes : petites, rondes et jaunes…
juste après une poignée de prunes : petites, rondes et mauves.

Ce matin, la nouvelle pub est un texte bicolore (sans photo)
sur les cambrioleurs qui volent aussi les polices d’assurance.
J’ai un peu réfléchi pour comprendre le truc.
Les dernières hirondelles seraient-elles intéressées ?
Tant qu’on ne vole pas leurs nids ni ne les détruit, tout va bien pour elles…

Comme je disais le dernier hirondeau a quitté notre garage.

Pendant que la petite hirondelle affutait ses ailes
pour faire sa sortie, moi je triais les cartons et papiers
de mon amie Odile Bonneel décédée en janvier dernier.
Soigneusement, j’ai mis de côté les lettres pour les renvoyer
à leurs expéditeurs, avec un petit mot à la main.
Jeté j’ai un tas de photocopies et des poèmes
de Pierre, Carl, Jean-Claude, Dan, Thierry…
Déshabillé les classeurs de leurs plastiques de celle qui
était aussi documentaliste et gardait tout.
Le vendredi, la poubelle papier est une tour devant chez nous.

Je pense fort à toi, Ondirondelle… HirOndile…
Et je te souhaite à toi aussi une bonne rentrée.
Où donc ? Peut-être là où les hirondelles se perdent,
très loin très haut dans le bleu du ciel…
Ou alors, et si tu apparaissais, ô surprise,
à l’affiche du panneau de pub ?

isabel

La Rentrée, dehors…

La Rentrée, dehors…

Matin de rentrée
À l’hirondeau du garage
j’explique l’Afrique

 

J’ai envoyé par texto ce haïku à mes amis qui ont des enfants ou vont à l’école eux-mêmes, pour leur souhaiter une BONNE RENTREE ce lundi 3 septembre.

Des quatre hirondeaux nés dans notre garage en juillet, celui-ci est le dernier à vouloir partir… S’il s’attarde trop, il risque de ne pas être prêt pour le grand voyage.

Comme il s’accroche à un tuyau au-dessus de la porte (j’avoue que ses ailes n’ont pas l’air tout à fait finies), je lui parle :

Vas-y, tu verras, ce sera dur, mais la Méditerranée est belle, les palmiers sont bleus, le désert c’est intéressant… Et puis tu reviendras peut-être !

Les ombres du bouleau dansent sur la table où j’écris mais c’est surtout leur bruissement qui me plaît, le bruissement frémissant des feuilles de septembre. Sur cette même table, il y avait à l’aube une arabesque curieuse sur la rosée du matin : Un escargot ? Un doigt farceur ? Qui avait donc enchaîné les boucles du « e » d’une si belle manière ? (Les escargots vont-ils à l’école ?)

Une année scolaire commence, pour le moment solaire.

Le bouleau me parle, les poules me parlent. Les traces d’escargot et les ombres me parlent…
J’ai de nouveaux voisins qui ont une petite fille, 18 mois : Lucie. Ils habitent la maison collée à notre poulailler, alors j’entends Lucie-de-Plouy-Saint-Lucien dire Cot Cot à Cayenne et Cendrée… Cadeau inespéré de la rentrée !

Au téléphone, un ami me propose des ateliers avec des Lycéens d’un lycée technique de Beauvais sur… l’Intériorité. C’est intéressant, l’Intériorité. Mais qu’est-ce que c’est ?
Je médite la chose, mes pensées se bousculent… Aïe, l’intériorité !

Soudain il me vient l’idée que je ne peux proposer que des ateliers d’EXtériorité !

N’est-ce pas de sortir de leur « fort intérieur », de leur château fort, que les ados ont besoin ?
D’aller vers les gens, oser le face à face, poser des questions ?
Des choses toutes simples, mais difficiles.

Etre aimable et le montrer (ouah!) s’intéresser vraiment à la personne qui se trouve en face, quelle qu’elle soit, un inconnu dans la rue (oui on peut parler avec un mendiant !) ou bien quelqu’un d’intéressant pour un possible stage…

Découvrir les facettes et possibilités de l’expression écrite, et orale. S’exprimer. Avec le visage aussi ! S’extérioriser.

Et découvrir l’extérieur, la vraie vie quoi ! La Nature avec tous ses signes et avancées minuscules, la branche jaune dans le frêne, la rose trémière au bord du bois (zut, on vient de la faucher), l’appel du rouge-gorge dans la pluie fine, les signes que lancent les humains, de joie ou de détresse, qui sont à cueillir, à savourer et, encore mieux, à partager.

Cette rentrée j’aimerais donner envie de sortir, de voyager…
D’aller vers les mots nouveaux, les gens nouveaux, les animaux…
Car comment, sinon, nourrir l’intérieur ?

Ah, mais, surprise ! Qui donc a laissé, de ce côté-ci de mon portail, deux sacs remplis à craquer de figues ? De délicieuses figues mauves… ça tombe bien car j’avais faim et me voilà la panse pleine. Qui donc parmi mes voisins a un figuier mauve ?

Une seule certitude : c’est la feuille qui se détache de l’arbre, la caresse de la brise, ton sourire Lucie derrière la grille, les figues du voisin qui me nourrissent.

Entièrement. Intérieurement.

isabel Asúnsolo

(PS deux jours plus tard : l’hirondeau a bien compris la leçon car il est parti).

 

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