Archives mensuelles : mars 2019

TRIOS…

TRIOS…

Ce deuxième matin du printemps 19, je suis en train de faire à la main des livrets avec les textes des CP d’Harbonnières (projet Les Chemins artistiques…). C’est le format TRIOS inventé par Carole Hanniet qui m’inspire : deux feuilles A4 pliées en 3 dans le sens paysage et agrafées… Du coup, je pense à mes amis Carole et Jean-Pierre, fondateurs des Adex, décédés en août et février dernier.

Pendant plus de dix ans, je suis allée une fois par mois dans leur maison de Rouville, près de la vallée de l’Automne. Le soleil était toujours là. Je les aidais à plier leurs livrets et à les agrafer. Il y avait, sur la grande table du salon, le travail à faire soigneusement préparé par Carole : des tas de feuilles imprimées, bien empilées et en ordre, le massicot, l’agrafeuse… Jean-Pierre était à son ordinateur, face à la baie vitrée qui donnait sur l’herbe et les merles. Lui recevait les textes, les participations, répondait aux auteurs, lisait des poèmes à voix haute. Que penses-tu de ça ? Il y avait du thé, dès mon arrivée, et aussi l’après-midi. Il faisait bon, ça sentait bon.

Le travail était agréable, il suffisait de prendre le rythme, de ne pas trop réfléchir. Avec un os plat, je pliais les feuilles trois fois, vite et bien. Puis j’agrafais. Il faut un minuscule décalage pour que l’agrafe tombe pile à la pliure, pas si facile avec la couverture cartonnée… Carole avait mis un « i » sur mon agrafeuse préférée. Elle disait que j’étais la meilleure des agrafeuses, avec sa voix sérieuse et moqueuse, son accent anglais…

A midi, on mangeait rapidement dans la cuisine quelque chose au four, une salade verte, un peu de fromage. Et un verre de vin pour Jean-Pierre et moi. On parlait un peu, de printemps des Poètes, du dernier concours, du prochain Salon, des auteurs, de la revue Expressions… Leurs toilettes étaient tapissées des affichettes avec les événements qu’ils organisaient à Montagny Sainte-Félicité. Pendant des années, Carole s’est occupée de la maquette de la revue, des appels à textes, de l’impression, des envois. Et du site internet, presque tous les jours, avant l’aube. Pour le concours Jeunes Poètes de l’Oise, elle faisait des montages, plastifiait des feuilles A3 pour les expositions qu’elle envoyait aux collèges… Sans parler des recueils qu’elle fabriquait, presque tous assemblés à la main, de je ne sais combien de poètes ! Comment c’était possible, tout ce travail. Bien sûr, ils étaient souvent aidés, par des membres de l’association, mais quand même. Ils ne sortaient pas prendre l’air, Jean-Pierre et Carole, n’allaient pas marcher dans le bosquet voisin. Sans s’en rendre compte, leurs petits-enfants ont grandi vite, et ils ont vieilli…

Jean-Pierre faisait une petite sieste après le déjeuner, moi parfois aussi. Carole non.

C’est grâce à Jean-Pierre et Carole, rencontrés au salon de Creil à l’automne 2003 que je me suis lancée dans l’aventure L’iroli… Ils m’ont inspirée, ils étaient comme mes parents dans le monde de l’édition de poésie. Je n’ai pas encore pleuré leur mort.

Je leur dois aussi ma rencontre avec le haïku, ce poème qui allait chambouler ma vie. Les Adex avaient organisé un salon de poésie à Chantilly, le dimanche 3 avril 2004. Ce jour-là, Les cerisiers étaient en fleurs, j’ai fait la connaissance de l’Association française de haïku et de son président de l’époque, D. Chipot. Il y avait aussi Thierry Cazals avec qui, 5 ans plus tard, nous publierions La Volière vide, épuisé depuis peu.

Le format TRIO est merveilleux, les feuilles se déploient et on peut s’amuser à créer la surprise entre les pages, dans les textes et les illustrations. Dans le cœur du livret, on peut dessiner à la main un paysage qui se poursuit d’un pan à l’autre : la falaise, un phare, la mer…

Toute à mes pensées
dans la rue des Philosophes
première hirondelle

(premier haïku du Trios d’isabel, Les Adex 2007)

Bon printemps à vous !

Houellegirl ?

Houellegirl ?

Je ne sais pas si je l’ai déjà écrit (carnets de mars éparpillés) mais mercredi dernier, le 27 février, j’ai aperçu la carapace de la grosse tortue rutilente, se hissant hors de l’eau, à la verticale sur les herbes du bord de la mare.

Je ne l’ai pas revue depuis, la grande tortue, ni la petite d’ailleurs… (Cette façon d’ajouter une restriction à la fin de la phrase est très houellebecquienne me semble-t-il…)

Parfois je voudrais ressembler à Houellebecq, en fille. Houellegirl. Je ne parle pas du physique (quoique…) mais de son écriture à faire tourner les pages. De Sérotonine, que je viens de lire sur le canapé assommée par trois jours d’ateliers de haïku dans la Somme, je n’ai aimé que la première moitié, celle où il est question de japonaise dépravée au joli nom citronné. (Serait-ce une allergie printanière qui me fait me lever pour aller chercher un mouchoir ? Le narrateur de Sérotonine ne se mouche jamais, ce serait un signe de vitalité ennuyeux… D’ailleurs à ce qu’il paraît, il est très mal vu de se moucher au Japon. Ou en Corée. Vérifier).

Dans la deuxième partie du livre, les femmes sont de moins en moins dépravées et la vitalité du narrateur ne cesse de chuter, jusqu’à la chute finale. (Ne l’aurais-tu pas bâclée, ta chute, ô Michel ? Mais la chute pose toujours problème…)

Bref, c’est mars. La mare se réveille et moi aussi. Le couple de poules d’eau est en train de préparer son nid dans la petite maison flottante. Rigolo comme elles se ressemblent, la beauté de leur plumes lisses et de leurs becs rouges. Elles ne sont pas genrées, comme on dit maintenant (Mémoires d’une jeune poule genrée ?)… C’est aujourd’hui le 8 mars et « on » n’a pas encore trouvé comment dire AUTEUR au féminin. Paraît que dans écrivaine on entend vaine, alors que dans écrivain, non, on n’entend pas vain, tiens… Et autrice est atr… Ce matin je vais d’ailleurs à une journée d’information à l’Agence régionale du livre à Amiens sur le nouveau statut des auteurs. On verra bien pour qui, des auteur es ou des éditeurs trices, l’avenir sera le plus compliqué. Je crains bien que s’annoncent encore des heures à passer devant l’écran. Heureusement, il y a le haïku !

Bisous sur le bec
au seuil de la maisonnette.
Poule d’eau & Poule d’eau

isabel qui vous souhaite un bon printemps !

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