Archives mensuelles : février 2020

Je me distribue moi-même

Je me distribue moi-même

Une commande matinale dans ma boîte mail me réjouit. Comment est-elle arrivée là ? Celles d’Alizé-SFL arrivent à 3h 20 exactement et sont pour moi une magie. 

Qui a travaillé pendant la nuit ? Qui demande ces livres ? Où vont-ils ? Vers une plate-forme, un entrepôt, un lieu où l’on travaille avec des élévateurs, des casques, des chaussures de protection pour acheminer tous ces livres vers les points de vente, les lecteurs ? 

Parfois c’est un libraire qui envoie une commande la nuit ou le dimanche, comme La Palpitante de Mens… Amusant car c’est à Mens (en Isère) que j’ai fait mes premiers stages agricoles, j’avais quinze ans et je voulais devenir fermière.

Je ne me pose pas assez de questions. Je préfère répondre « présente », obéir à la magie. Pourtant, je ne suis pas quelqu’un d’obéissant. C’est pour cela que j’ai choisi ce métier : pour décider ce que je fais chaque jour et la façon de faire, ou à peu près…

Mais aux commandes j’obéis ! Au point de m’en occuper immédiatement. 

Je commence par nourrir le fichier des ventes, et j’en profite pour vérifier les paiements (parfois il faut rappeler les libraires, futur.e.s stagiaires vous aurez à le faire aussi)… 

Ensuite, j’émets, la facture : le numéro, la date, le numéro de la commande, la remise, l’échéance. Et je joins un mot. En janvier j’écrivais « Bonne année les libraires ! », en février « Bonne Chandeleur aux lecteurs »… 

Enfin je fais le paquet, car « je me distribue moi-même », comme on dit. Vu le temps que je mets à soigner les quatre coins du livre avec des chutes de papier on peut dire, en effet, que j’y mets, j’émets de moi-même… Et quand un de mes cheveux colle au scotch, je ne l’enlève pas.

Vient le tour de l’enveloppe, taillée sur mesure. Pour écrire l’adresse, je choisis le stylo, la couleur, j’ajoute parfois un dessin selon le nom de la librairie et mon humeur du jour. A chaque paquet que je fais, je me dis que c’est la vie exacte que je me suis choisie, que je ne veux rien faire d’autre. : une vie d’éditrice-poète, qui ne cesse de m’étonner et me donne de la joie. 

Parfois le paquet revient, comme celui-ci en haut. L’adresse était pourtant la bonne mais les chiffres ont été tracés « à la française », je vais donc recommencer…

Pour l’étranger, il y a heureusement le tarif Livres & Brochures, inexistant pour la France. Avec l’association des éditeurs des Hauts-de-France, nous allons nous mobiliser pour que ça change.

isabel

Cactus & Auteurs

Cactus & Auteurs

Jolis nuages du couchant. Je suis assise dans la petite véranda avec mes plantes. Je les ai toutes rentrées car le thermomètre va bientôt flirter avec le 0.

Elles sont contentes, les plantes, toutes lustrées de pluie.

Il faut voir comment Nils me parlait l’autre jour de son roman, de la pluie dans son roman. Quel sérieux il avait, avec sa dent du bas manquante, cet auteur de 12 ans. Nils est l’élève de Claire, auteure* de L’iroli, qui m’a fait venir dans sa classe. La chance.

Je regarde mes plantes, certaines ont morflé avec les intempéries. La Canarienne c’est cassé un bras, carrément. Pour le moment, j’ai posé le bras quelque part, on verra bien s’il trouve une solution et prend racine. Les plantes de l’amitié exultent, dodues. Si j’allais faire écrire en prison, je donnerais des boutures aux détenus, en plus de mots.

L’aloé de mon fils Pierre s’étire en étoile, envahit le passage. Les kalanchoés préparent leurs fleurs mauves perchées, africaines aristocrates. Les petites je-ne-sais-quoi multiplient leurs rosaces et me rappellent les vacances en Espagne, au temps hippy.

Il y a le cactus de Murla qui fait de tendres rejetons à croire qu’il a oublié qu’il est une cactée féroce qui avait planté son épine dans mon pouce, en septembre dernier.

La pita de Paquita (la Paquipita) bicolore ramenée d’une tranchée de la Dehesa de la Villa est belle : à la surface bleutée poudrée de la future feuille on peut lire la trace des épines de la dernière feuille déroulée.

Des sédums s’épanchent, fleurissent. Un drôle d’oiseau fractal (son nom?) poursuit sa croissance animale.

Sur la rondeur d’un cactus prélevé dans une colonie qui prenait le soleil dans un creux sableux du Pardo, en décembre 2018, un bourgeon s’annonce sur la ligne de crête de la couronne d’épines. J’aime la lenteur des cactus.

Gabriel Matzneff sera jugé pour son Journal, pas pour ses romans. Parce que l’on considère que le premier n’est pas de la littérature ?… Je ne comprends pas un éditeur qui abandonne ses auteurs.

Je pense aux miens, à mes auteurs. Au bout de 15 ans de L’iroli, vous me remplissez de joie et d’amitié. Un plaisir aussi grand que les petites plantes que je cultive. Non, je ne vous laisserai pas tomber ni retirerai vos livres de la vente quoi que vous écriviviez !

A vous, cactus, auteurs et amis…

Bon printemps à venir !

Si j’étais un arbre…
Je s’rais Prunus accolade
pour vous enlacer

(haïku-portrait chinois, écrit collectivement ce 31 janvier 2020, au collège Cabrini de Nogent-sur-Marne)

* A l’étouffée, de Claire Blanchard-Thomasset, livre de fragments culinaires que je vous recommande très chaleureusement.

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