Archives mensuelles : juin 2020

Lettre à un poète…

Lettre à un poète…

Je m’appelle Emi et suis stagiaire aux éditions L’iroli. J’ai eu votre tapuscrit entre les mains. Nous l’avons bien aimé, isabel et moi !

Vos haïkus nous font plonger dans nos souvenirs respectifs. Certains, comme celui de la dent sur le toit, nous a fait rire. Votre écriture nous parle bien ! Toutefois, je ne vais pas vous mentir, tous vos haïkus ne nous plaisent pas. Personnellement, j’en ai retenu 44 sur les 75 que vous nous avez envoyés, et je suis encore mitigée sur certains.

Je peux écrire les points qui m’ont déplu, ils ne sont pas nombreux, ne vous inquiétez pas. Ainsi, certains haïkus ne correspondent pas vraiment à l’esprit de ces petits poèmes, tel que nous l’avons adopté dans notre « ligne éditoriale poétique », qui est de traiter l’instant présent et de ce que l’on voit, que le lecteur puisse se faire son idée de ce qu’il lit et qu’il en visualise sa propre image. Assez souvent, je me suis retrouvée confrontée à votre avis, votre vision des choses… Le haïku s’en retrouve fermé. Comme l’a écrit Fernando Rodíguez-Izquierdo dans la préface de Kigo, de Seiko Ota et Elena Gallego : La composition de la poésie jaillit de ce que la personne voit ou entend. C’est pour cela que nous devons aiguiser nos sens, pour savoir regarder et écouter. Les répétitions au sein d’un même haïku, les mots étrangers sans traduction proposée, m’ont donc troublée…

Je vous remercie pour cette agréable lecture et espère que vous continuerez d’écrire des haïkus pendant encore longtemps, je serais curieuse de vous lire ! Je vous adresse par ailleurs mes compliments pour avoir remporté le prix « Lire et faire lire ».

Bonne continuation à vous et bonne chance,

Isshun isshin ! (en japonais, cela signifie : mettre du cœur et de l’esprit à chaque moment).

Émilie, stagiaire aux éditions L’iroli.

P.S. : Nous vous souhaitons un joyeux anniversaire en retard !

Non-Editrice…

Non-Editrice

Que faites-vous en ce moment ? m’a demandé une future stagiaire qui devait venir à L’iroli en avril-mai dernier.

En ce moment, lui ai-je répondu, je… non-édite plus que d’habitude. 

Cela n’a rien à voir avec le virus. D’habitude, je publie peu : je n’accepte qu’un seul manuscrit sur 100 environ. 

Et j’ai raison ! car les librairies débordent et les librairies s’en plaignent. 

Et il est si difficile de vendre, et il est si cher de poster les livres… 

Cela tombe bien, parce que je suis devenue difficile. Ou alors paresseuse, me souffle une petite voix. Une certaine paresse, par moments, a du bon, non ?

C’est vrai que rares sont les textes qui me paraissent assez essentiels pour mériter le papier (ma grand-mère disait « Le papier ne refuse pas l’encre » !), rares sont les haïkus qui me transpercent. 

Une activité de non-édition plutôt positive : de l’édition par procuration.

En février, j’ai aidé une jeune écrivaine de SF à mettre en page (pas en cage) son livre qui vient de sortir : Milsem. Je lui ai donné quelques conseils pour améliorer l’histoire de sa Mils, cette jeune fille métissée d’extraterrestre…

J’ai fourni à trois étudiantes de l’IUT Métiers du livre un projet de haïkus illustrés qui sommeillait, inachevé, et qu’elles ont pu faire aboutir en un livre dont elles sont fières : Boucles Emmêlées.

J’ai choisi des textes pour la revue Gong. Et je me suis occupée de l’édition du prochain « solstice » de l’Association francophone de haïku, Haïkus des bords de Marne de Jean-Hughes Chuix, dont j’ai traduit les textes en espagnol et fait la maquette. A paraître très bientôt, avec la pleine lune de juin.

J’ai failli oublier : je me suis occupée des contes de mon père qu’il a enfin écrits, à Madrid pendant cette période étrange : La Isla, la Muesca, La Dama de Suez, Madre-Nube… Des heures passées au téléphone pour élaguer à peine, choisir un verbe plus nuancé, sans changer son style, ni bien sûr le décourager.

Et il m’a dit : Quel bonheur de travailler avec toi. Si ce travail d’écriture n’avait servi qu’à ça ! 

Emilie, Anaïs et Salomé, quand vous viendrez travailler à L’iroli lundi, vous aurez du beau travail. L’offre de stage précisait « édition » mais aussi « potager » et… abeilles.

Depuis le 4 avril, elles butinent les aubépines, le colza, les églantines. Les voilà sur les fleurs de ronce… Et les sainfoins des talus… Tondus, hélas, depuis !

A L’iroli, à Plouy, nous rentrons dans l’été pour préparer l’automne. 

On ne somnole plus. On vit !

La maison d’édition au bord de la mare qui vient de fêter 15 ans devient plus bruissante et attentive.

Je souhaite un bel été à tout le monde…

Encore de la mousse
pour ton nid gigantesque
petit troglodyte !

isabel Asúnsolo, ce 3 juin 2020

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