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La rentrée, enfin !

La rentrée, enfin !

Il est grand temps, il serait de bon ton… que je donne de mes nouvelles sur ce genre de blog. Déjà que je ne suis pas sur Facebook ! Et pourquoi donc, demanderez-vous ? Parce que j’ai calculé, tout simplement, qu’une heure de Fb (une heure d’écran supplémentaire par jour) représenterait 500 grammes par mois, c’est à dire six kilos par an de plus pour moi. Je ne peux pas me le permettre car je dois être alerte et légère pour assurer mon métier trépidant et surtout, être en forme pour ce que je préfère : les rencontres et ateliers dans les écoles ! C’est d’ailleurs comme ça que j’ai commencé l’année 17, je ne sais pas si je l’ai écrit : à l’école d’Aubergenville. Merveilleux souvenir de la cour aux corneilles posées sur les poteaux de foot…

Les huit mois qui viennent de s’écouler furent très pleins. C’est pour ça que je n’ai pas eu le temps d’écrire ici : embauche de Magali (pendant six mois) pour assurer la promotion de Saison d’Issa, notre (seule) nouveauté de l’année qui est un succès… et bien sûr les salons, les ateliers, le travail à la revue Gong et à l’Association francophone de haïku et aussi, pour moi, TROIS livres parus : La Fleur de Chiyo, mon premier roman aux éditions Henry. L’histoire d’une femme poète qui vit au bord d’une mare et écrit de la poésie. Le liseron devient sa fleur interdite et une menace plane… et… il faut le lire ! Puis sont parus aussi (les deux aux éditions Leduc.s) : Mes premiers haïkus pour bien grandir (un mauvais titre mais de merveilleux dessins à la main de Chiaki Miyamoto) et La Magie du haïku, un guide pédagogique pour écrire des haïkus avec ses enfants. Tout cela m’a pris beaucoup de temps, du printemps à l’été inclus. La rentrée l’irolienne en a été un peu éclipsée mais ça y est, je reprends les rênes de mon entreprise et je mijote les nouveaux projets, secrets bien sûr.

Reste à parler de la mare. Elle va bien et ses habitants aussi. Ce printemps dernier nous avons eu trois nichées de poules d’eau, un record. Et pour la première fois, les hirondelles ont choisi notre garage : un honneur et cinq hirondeaux. J’entends par la fenêtre ouverte, ce 18 octobre, du bruit d’ailes dans la vigne vierge rouge…

 

les trilles outrés
du troglodyte d’octobre
– chatte à sa toilette

A suivre !

isabel

 

 

 

 


Le nerf de la quoi ?

Le nerf de la quoi ?

Toujours à valser entre ma vie économique (du livre) et mes illusions de poète (en dix-sept… voir ma parole de début d’année) je vous livre mes réflexions du jour, ce dix-neuf janvier.

J’entends souvent « l’argent est le nerf de la guerre » et ça m’irrite ! Alors, je prends le temps de réfléchir en regardant le saule de la mare et sa beauté nue…

Laissons tomber la guerre un moment. Concentrons-nous sur le nerf. On peut remplacer ce mot court et nerveux par un autre monosyllabe ou presque (je ne suis pas très douée pour compter les syllabes)… Alors : sève, source, cœur ? C’est à dire, la force intérieure ou l’organe qui nous meut, motive, pousse à agir et à réaliser des choses plus ou moins jusqu’au bout ?… Eh bien je suis heureuse de vous dire, que ce matin de givre et de soleil, je ne vois pas la place de l’argent là ! (C’est parce que tu es gâtée, me rétorquera-t-on, gâtée comme un gâteau tout rond…) Peut-être.

On parlait l’autre soir avec Patrice et Nathalie de revenu universel suffisant (je ne fais pas de la politique, elle m’ennuie terriblement)… pour ne plus avoir à travailler du tout. Je n’aurais plus besoin de discuter les devis des imprimeurs ? Plus besoin de vendre des livres ? Plus besoin d’appeler les libraires mauvais payeurs ? Plus besoin de payer quelqu’un pour qu’ils payent ?

Mais si j’avais plein d’argent, j’ai pensé, que deviendrais-je ? Il est bien possible que plein d’argent me découragerait, couperait court à mon désir, d’entrée, à mon désir d’inventer et de trouver des solutions. Je préfère de loin les idées ! Avec des idées et de l’imagination, je peux inventer un recyclage marrant, faire rire l’enfant. Dessiner un gâteau qui n’existe pas et même la bougie pour la faire souffler à la classe de CP… Que sais-je ?!

Le dur désir de durer, héhé, cela ne s’achète pas. C’est comme le givre, tiens, me dis-je. La beauté du givre au soleil, trésor éphémère qui n’a pas de prix… Et qui peut même « faire illusion » (voir tout en bas). L’illusion est trompe-l’œil en français mais, curieusement, en espagnol, elle est expression de joie intense devant un cadeau présent…

À prononcer en appuyant bien sur le sss et sur le ooooo, et le n final, comme s’il y avait un e : ¡¡¡Qué ilusióóóón!!!

Eh bien, ce 19 janvier 17, nous avons l’ilusión bien espagnole, la joie intense de vous annoncer l’embauche de Magali. Elle va nous aider à continuer ce difficile métier et nous apporter plein d’idées. Cette embauche a un coût, bien sûr, cela s’appelle un investissement. C’est notre première embauche depuis… 2009 !

Magali va donc nous aider à appeler les libraires pour qu’ils achètent nos livres. Comme hier soir la libraire de L’Annexe de Malaucène avec qui nous avons partagé notre ilusión pas feinte du tout de continuer à faire nos métiers respectifs qui tiennent si bien ensemble…

MAIS AH !, si je n’avais pas eu à lui rappeler sa facture de 2016, je n’aurais pas eu le plaisir d’échanger avec elle, d’entendre sa belle voix ni… d’avoir cette nouvelle et très belle commande pour 2017 ! Alors peut-être que oui, finalement, l’argent est le nerf de quelque chose ?

Mais je m’embrouille. Je ferais peut-être mieux d’écrire un beau haïku comme Bikko, haïjin et ami :

elle fait illusion
la voiture abandonnée
matin de givre

EN 17 : LE TEMPS DE REGARDER

EN 17 : LE TEMPS DE REGARDER

J’allais écrire une parole d’éditrice lucide avec un titre du genre : 2017, COURAGE ! (mon clavier a fourché et j’ai écrit COUGARGE. Mystères de la correction automatique.)

Alors je me suis demandé : cette lucidité janvieresque est-elle due à l’époque (…) ou au fait que je vieillis ? Plusieurs choses se sont allumées dans mon cerveau (lent, comme celui de mon amie Agnès) pour me faire changer (très vite) d’avis (Et oui je vieillis ! Il me faut donc être spécialement attentive pour ne pas tomber héhé dans ce panneau trop facile…) :

1 (er janvier); alors que je prenais mon café du matin, un nid est soudain apparu sur une des fourches du saule de la mare. Comment est-ce possible ? Je l’aurais vu perdre ses feuilles sans voir le nid ? Ou alors, a-t-il été construit pendant les fêtes par une tourterelle hyper hacendosa ? Voilà un fait irréfutable qui change le paysage et donc la donne. (Au fait, vous avez jusqu’au 31 janvier pour participer au concours L’iroli dont le thème est EN TRAVAUX).

2 (janvier); merveilleuse commande de 17 Perce-oreilles d’Eric Gilberh, notre talentueux auteur. 17 livres d’un coup en 17 ! Une classe doit être en train de l’étudier grâce à un prof bien malin. Que l’intéressé.e se manifeste, nous lui ferons un cadeau et 17 bises !

3 (janvier); Jean F., jeune poète, m’appelle pour me donner des nouvelles et me revoir avant son retour en Allemagne où il étudie. La mèche blonde, minci et beau, devant un thé et la cathédrale au choeur le plus haut du monde, il me parle de ses longs poèmes complexes et conceptuels qui sont sur sa clé uessebé. Il faut vraiment que je retrouve le chargeur de mon mac dans le désordre de mon bureau… Ranger à fond serait même la première chose à faire un début janvier, comme les Japonais. Les Japonais font des choses très bien pour démarrer l’année, chacun de leurs gestes est spécial et significatif, il faudrait les imiter au moins en janvier. J’aime et je déteste le Haïku me répond Jean F., voyant très bien où je veux en venir alors que je viens de lui offrir l’excellent Le cri des grues de Jérémy Monteau (AFH).

3 (janvier bis); en rentrant à Plouy Saint-Lucien où je vis, j’écoute au volant une émission sur Colette. Je ralentis pour écouter et scruter le disque du soleil dans le ciel opalescent. Une éolienne joue les pendules en ne laissant paraître qu’une seule pale en dessous des nuages pâles… Colette était une journaliste spéciale car « je prends le temps de regarder », disait-elle. Et : « Laissez tomber la littérature et ce sera parfait » avait-t-elle même conseillé à un auteur en herbe qui lui soumettait ses textes. Voilà qui me ravit. Je lève le pied pour mieux écouter et ne rien perdre du spectacle du blé d’hiver qui lève sous sa couche de givre.

4 (janvier); je suis, je le sais, définitivement poète ! Je peux donc vous souhaiter une année 2017 pleine de Poésie… En prenant le temps de regarder les belles petites choses du monde et aussi le film Paterson de Jim Jarmusch… et en laissant tomber tout le reste, le superflu et les médias.

Après avoir vu le film, prenez un nouveau cahier et écrivez au moins 17 syllabes pour commencer.

premier janvier 17 –
le ciel est tout blanc
comme une feuille blanche

(haïku imparfait, tordu, avec une comparaison en plus ! Mais nous allons bientôt publier des haïkus d’Issa, merveilleusement illustrés par Erlina Doho)

Steven & Steven

Steven & Steven

Je viens de finir un cycle d’ateliers sur la Paix dans les collèges de la Somme. Depuis la rentrée, grâce à l’initiative du Conseil départemental, j’ai rencontré une dizaine de classes de 3ème (14-15 ans) pour leur faire découvrir le poème Haïku et les faire écrire. J’aime cet âge, j’y retrouve la candeur de l’enfance, la pudeur en plus, voire une terrible timidité. Mais tous acceptent de jouer le jeu de la poésie, de sortir voir les choses de près et les nommer… Tout commence par là, leur dis-je : voir de près. J’aime la diversité de ces adolescents, ceux des collèges urbains d’Amiens tout autant que ceux, ruraux. Ces derniers aiment la nature, la chasse, les chevaux et connaissent le nom des oiseaux et des plantes. Les collégiens d’Arthur Rimbaud d’Amiens ne la connaissent pas trop, alors je leur fais toucher le tronc du cerisier dans le petit patio intérieur du collège… Avec eux, je grimpe sur le rocher et m’émerveille de la coccinelle immobile sur le vieux pommier. Je ne retombe pas en adolescence, je suis bel et bien moi-même, reconnaissante de pouvoir faire ce que j’aime : donner envie d’écrire de la poésie à partir d’observations.

D’habitude, j’apprends tous les prénoms des élèves quand nous nous présentons en début de séance. Et je les oublie très vite, ce qui me frustre un peu. Alors, après chaque rencontre, j’essaie de retenir au moins un nom et le visage d’un ou d’une élève… Au collège d’Oisemont, en ce début de novembre, j’ai passé une délicieuse après-midi. Le saule pleureur, les hêtres et le bouleau de la cour recevaient le soleil très doux de l’automne, l’herbe gardait encore la rosée du matin et on ne cessait de regarder les feuilles de toutes les tailles et les bouquets de champignons sous nos pieds. Soudain, Steven a lancé : Regardez ! Dans les branches du bouleau, il y avait un nid que personne n’avait vu. À la fin de la journée, quand nous avons fini de récolter les petits poèmes, Steven m’a donné fièrement sa feuille (avec quatre haïkus !) et m’a lancé, sage : Et n’oubliez pas, Madame, de regarder vers le haut !

Le lendemain, j’étais au collège Béranger de Péronne, par un matin opalescent et froid. Nous sommes sortis dans le verger près du tout nouveau composteur. Par terre, j’ai signalé les pommes creusées à des degrés très différents par les coups de becs de merle… La télévision nous filmait mais ce n’était pas un problème. J’ai pris une pomme et l’ai mise sur la tête de Steven. Puis je l’ai laissée tomber par terre en demandant : Connaissez-vous Newton ? C’est lui qui a découvert la force de la gra…??…

Et Steven, sur le champ, a répondu : …titude.

Vous deux, Steven et Steven, je ne risque pas de vous oublier !

pour voir nos ombres
ce matin frais d’automne
j’attends le soleil

to see our shadows
this fresh autumn morning
I wait for the sun

manaña de otoño
para ver nuestras sombras
espero al sol

Justine Courmontagne (Collège Béranger de Péronne)

Vous pouvez envoyer vos textes sur la paix ici :
www.somme14-18.com/poemes-paix

isabel Asúnsolo, le 4 novembre 2016

Haïku qui es-tu ?!

Haïku, qui es-tu ?!

Le haïku, quel mystère. Ces trois lignes et sa poignée de syllabes, quel champ d’expérimentation ! Plus je le connais et plus il m’échappe. Comme le haïku se dessine presque au moment où la scène est vécue (la vie d’abord, les mots ensuite…), plein d’éléments subtils entrent en jeu, rebondissent et se collapsent.

J’étais au volant tout à l’heure, la radio allumée. Quelques mots capturés au vol entre le hameau et le plan d’eau de Canada : Vie de l’esprit ? ou Vide l’esprit ? sont entrés en collision (pas moi !) avec les bouquets de coquelicots rouges au bord de la route… Est-ce que le haïku était là ? Dans ce mélange de perceptions et de mots saisis ?

A Plouy, ce midi, j’ai aperçu par la fenêtre le héron posté sur la maisonnette de la mare. À peine m’a-t-il vue, immobile comme lui et le guettant, qu’il a pris son lent envol… Le haïku était là, dans ce profil à peine entrevu, dans notre mutuelle et muette surprise.

Ce que je lis (avec ou sans lunettes) rentre en jeu aussi. Et ce que je sais. Ah, ce que je sais ! Je m’efforce de garder la spontanéité de mes débuts. Tout en étant bien consciente que cet effort fait s’évanouir l’innocente magie du petit poème…

Je ne peux pas non plus éviter que ma langue (mes langues !) fourchent et jouent : les mots et leurs dérivés se bousculent et riment, les comparaisons et métaphores affluent. Car comment écrire un poème sans mots ?

Mes rêves – dont je perçois mal parfois la limite avec la vraie vie – s’invitent dans la danse. Et le terrible inconscient… Et la fine vie invisible !

Aussi difficile à attraper qu’un papillon, aussi instable et robuste qu’un coquelicot en train de s’ouvrir, voici le haïku !

Facile au début, et de plus en plus difficile…
Je lis et relis les Japonais. Doutant toujours autant.
J’écris ces trois mots alors que l’ombre d’une hirondelle survole ma page.
Lucide je suis : je ferais mieux d’écrire un haïku, plutôt que d’écrire sur lui !
Me voici prise au piège…

Alors, haïku, qui es-tu ?

Un poème qui cherche à dire le mieux possible cette scène qui m’a intimement bouleversée…
Qui vise la si difficile simplicité…
Bien au-delà de la pure description…
Aimant à cultiver un certain mystère…
Subtil et stimulant jeu littéraire où le lecteur joue un rôle essentiel…
Qui relie les gens, voyage et se traduit…
Que l’on parodie…
Qui la joue collectif…
Rebondissant toujours…
Qui m’encourage à écrire mais freine aussi mon élan !

Expression d’une contradiction permanente et oxygénante, je n’ai pas fini de t’explorer, de te connaître. Comme un être aimé.

L’âge de la lune ?…
je dirais treize ans
environ

Issa

isabel Asúnsolo, octobre 2016

Phallus impudicus

Bonjour tout le monde, c’est la rentrée. Je viens de recevoir un mail avec ma première commande de la nouvelle « année » : la librairie Baba-Yaga de Sanary sur mer…

Ah, la mer !… Ma boîte mail offre aussi les infos. Sur une des petites vignettes, ce samedi 27 août, Yahoo parle d’une violente altercation sur une plage de Marseille, pour cause de baigneuse en foulard. Au Sri Lanka, j’ai vu des femmes et des enfants se baigner en sari, en short, en voiles, il y en avait de toutes les couleurs. Personne ne se déshabillait parce que le soleil est dangereux. Personne ne se baignait vraiment parce qu’on craint la mer aussi. Alors on fait quelques pas dans l’eau, tout au bord, on saute un peu, on rit, surtout les femmes… Dans la foule, il devait bien y avoir un mollet visible ou deux, un maillot de bain égaré dans le lot, je n’ai pas fait attention et personne d’autre d’ailleurs. Car où est le problème ?

Ça me rappelle une dame de bonne famille qui, le matin tôt, ceci est authentique, sortait dans son jardin, ciseau en main, pour couper les Phallus impudicus (vous trouverez sur ecosia de quoi il s’agit). Elle voulait éviter que ses petites filles tombent dessus et soient scandalisées par la vue de la seta espigada... Mais voyons, qu’est-ce que les petites filles auraient vu de mal (ou de mâle) ?

Ce dont je me souviens, sur la plage de Colombo ce soir d’avril 2015, c’est qu’une adolescente fêtait son anniversaire. Elle avait fait un gâteau et en proposait à tous les gens qu’elle croisait, sri-lankais, étrangers, jeunes ou vieux, sans faire de différence. C’était une belle soirée, vraiment…

À chaque vague
la petite fille en jaune
hissée par son père

isabel Asúnsolo

Doutes d’éditrice

Doutes d’éditrice

Doutes d’éditrice, doutes d’existence… Il est plus difficile que jamais, ce métier. Car quoi publier ? (et quoi écrire ?) Les haïkus qui célèbrent l’instant sont à la peine : trop de choses tristes ces derniers temps.

On voudrait Y échapper… On voudrait y échapper lors d’un long week-end d’été entre cousins en Lorraine. Les enfants jouent aux cartes, les adultes prolongent le repas autour d’une autre bouteille et tout s’interrompt soudain quand l’ado se précipite, portable à la main, vers nous (vers moi surtout) : Tu as vu, Nice ?! On n’était pas au courant, on ne réagit pas assez vite… Nous consolerons longtemps Pablo, assis sur le bord de la baignoire. Loin du drame mais si proches, connectés sans répit à un monde d’images et de violence.

Je voudrais me concentrer sur ma mare si belle à l’aube.

Le soleil levant transperce les feuilles du saule, les carapaces des deux tortues se hissant hors de l’eau luisent, le héron vient pêcher donnant à voir sa longue silhouette immobile. Sur la petite cabane flottante, les jeunes poules d’eau font leur toilette à côté du couple de canards.

Ce monde-là est beau, ce monde-là mérite d’être saisi.

Continuer à aimer la vie, s’attarder plus que jamais sur l’instant quand il est heureux… et l’écrire.

Tout à l’heure, au bord de la mare, il y avait une très petite fille dans les bras de sa jeune grand-mère. Si belles toutes les deux sous le saule…

Les canards… Regarde !
La petite fille s’intéresse
à une hirondelle

isabel Asúnsolo
Plouy Saint-Lucien, 21 juillet 2016

Merveilleux atelier

Merveilleux atelier

Au collège de Poix de Picardie, accueillie ce mois de juin par Aurore Pointin, documentaliste, j’ai rencontré des 6èmes…

J’ouvre au hasard le livre Trois feuilles sur la treille et lis :

Petits pas pressés
Sous les lourdes frondaisons
l’odeur de la pluie

… de Monique Mérabet, haïjin réunionnaise.

Voilà un merveilleux haïku ou plusieurs sens se mêlent. L’ouïe, l’odorat, le toucher aussi. Je demande aux enfants ce qu’ils savent de l’île de la Réunion, sa localisation, son climat. Aussi : qui peut-être le protagoniste de la première ligne ? Les réponses fusent : Une petite grand-mère ? Un enfant ? Ou une femme au long sari ? Ce mystère de la première ligne est intéressant, on pourrait écrire une histoire !

Et la frondaison ? Nous cherchons sa définition dans le dictionnaire et trouvons des mots proches : touffu, exubérant, dense

Puis, cahier et crayon en main, nous sortons dans la cour du collège expérimenter cette forme de végétation car les dernières draches (pluies picardes) ont rendu la végétation spécialement opulente. Je demande aux bientôt adolescents de toucher les écorces des bouleaux, un buisson gonflé d’eau, la colonne en zinc… et de regarder le lierre épais qui cache les troncs des érables et tout ce qui saute aux yeux : les fourmis mais aussi deux hommes en train de souder le toit du gymnase.

Ecrivez de courtes phrases (mais pas trop courtes) pour noter tout ça, leur dis-je… Nous en ferons des haïkus à notre retour à la bibliothèque. Vous avez le droit de tout écrire !

Cet atelier tactile a merveilleusement bien marché, tout le monde s’est pris au jeu d’écrire et nous récoltons de très beau textes.

Deux hommes sur le toit
Les flammes touchent le ciel
Souffle du printemps !

Maëlle

Grandir petite

Grandir petite

Je croise au salon du livre de Paris un éditeur de poésie affairé et plus-qu-occupé : 250 titres à son catalogue à gérer ! Je lui explique, le temps d’un ristretto vite bu… mon but dans ma vie professionnelle : rester petite.

– Mais ça ce n’est pas difficile, me répond-il, en jouant un peu des mécaniques…

– Mais si, au contraire, ça l’est, très !

Je veux rester poète et petite, avec du temps pour écrire. Par chance, j’ai choisi un poème qui essaime en un tournemain d’sms… Par chance, j’ai choisi le haïku, poème de l’encombrement minimum.

Je me demandais comment faire, en pratique, pour que les nouveaux titres rentrent dans mon catalogue et dans ma vie. Le petit accordéon contient 33 titres et c’est un casse-tête tous les ans pour Ben (Delaite) qui en fait la maquette. Et j’ai trouvé la solution ! Il suffit, quand j’ajoute un nouveau titre, qu’un autre laisse sa place. J’ai donc décidé de ne pas réimprimer les épuisés. C’est écologique, c’est sain… ça donne la juste valeur au livre et ça fait marcher les bibliophiles fous.

Je ne réimprimerai donc pas Le Rayon du bas par exemple et, quand le dernier carton de La Volière vide le sera pour de bon, je ferai un livre nouveau. Pour résister, pour durer, il me faut soigner l’essentiel : mon humeur, mon terreau !

Comme la permaculture prend soin de la terre avant de s’occuper des blettes à planter, je soigne mon bon fonds et ne travaille pas trop ma terre. De la permaédition, en somme…

Les doigts pleins de terre
écrivent un haïku de mars
– Un Renard heureux…

(Avec Jean Ferrand de Beauvais)

La roja et les livres

Ce 19 juin, je mange des fraises biscornues et tardives cueillies dans un fouillis inextricable d’herbes et de liserons (en espagnol : maleza, ça vient de « mal », terrible non ?)… En happant une fraise toute trouée je me repose, me dis-je mentalement, mais surtout, aayyy… je pense à la défaite de la Roja hier soir. Ils sont trop vieux, me dit mon fils Pablo. Tu n’as pas mis ton t-shirt rouge pour les soutenir, argue-je ! Tu m’as fait perdre deux heures de ma vie devant un match nul moi qui n’aime ni la télévision ni le foot, rétorque-t-il, mauvais joueur… Ah bon ?!… et le dernier Mundial alors ? Souviens-toi de ton enthousiasme ! (Souviens-toi de ton enfance, ai-je envie d’ajouter. Souviens-toi de MA jeunesse. Par quelle cruauté perd-on sa jeunesse en même temps que l’enfance de ses enfants ?)…

On plante des fraisiers à quatre pattes avec un enfant et, quatre ans plus tard, on se retrouve avec un ado, 15 ans et demi, connecté à Star Craft qui dédaigne les fruits maison et préfère les fraises bien tournées, surtout pas trop mûres…. On passe des années à lire des livres à voix haute sur le canapé, tout en lui montrant aussi la diversité de la nature, les beautés rouillées du rumex, et du gamin en question on récolte un gamer, branché de partout, 5 clics seconde, skypant une langue étrange dérivée de l’anglais (?)…

Pourquoi mélanger éducation des kids, potager, foot et métier d’éditrice ? Parce que tout cela est intimement connecté, relié par des fils invisibles mais réels. J’en ai la certitude absolue en cette fin de saison, euh, en ce début d’été. Il n’y a pas que la Roja qui perd, c’est la déconfiture aussi côté livres papier et je me dis qu’il y a forcément un lien. Les liseuses ont séduit les seniors, on les voit avec leurs tablettes dans le métro, index en l’air, l’air con…

Je me console en pensant aux jeunes que l’on voit avec un livre, paradoxe ultime, comme la chose la plus branchée qui soit. Les livres, avec leurs formats de tout poil, leur sale habitude à passer de main en main, sont des de lumineux objets du désir ! Grâce à eux on entame la conversation, on drague gentiment (ou férocement), on se retrouve place Saint-Sulpice au Marché de la poésie comme le week-end dernier, entourés d’une vraie belle jeunesse. Je crois que je vais rester éditrice un moment… Car si je perds mon enthousiasme, si je perds ma foi à moi, ma foi en moi (et mon désir de livre, donc de vivre), que restera-t-il ? Le monde disparaîtra, c’est sûr.

Voilà pourquoi un nouveau site internet verra le jour à la rentrée (hein, Serge ?) Vous y trouverez nos livres, activités et projets. Ceux-ci de plus en plus liés à l’écriture des jeunes. Comme nos dernières parutions : Au fil de l’eau et Le Parking des hirondelles : ouvrages collectifs, poétiques, le dernier joliment illustré par Irène Dulac, et hors commerce : il suffit de nous envoyer 2 euros en timbres… avec un petit mot à la main, ¡ claro ! nous expliquant pourquoi vous aimez tellement les livres en chair et carton.

HAïKU ET SMS

Je conseille l’envoi de haïkus par SMS à votre ami.e de cœur, à la place de tout autre type d’échange (hormis les lettres papier, bien sûr).

Pour écrire un haïku, d’abord, on mûrit soigneusement le message : il faut l’allusion à la saison, la césure, si possible le bon compte de syllabes… On ne se précipitera donc pas pour écrire n’importe quoi au milieu d’un cours, dans la queue à la caisse ni au feu rouge. Le seul risque étant que le haïku ne soit pas réussi, mais où est le problème ? Comme dans bien d’autres arts japonais, le chemin compte plus que le résultat. Pratique, un haïku ne demande pas de réponse immédiate car le petit poème en pose rarement, ou alors ce sera un encouragement à sortir et à regarder autour de soi.

Par exemple : Est-ce vraiment le printemps ?… L’heureux.se destinataire n’aura plus qu’à aller chercher des preuves sur les branches du saule ou dans les flaques de sa rue. La question ne pourra en aucun cas être : Tu es où ? ni Qu’est-ce que tu fais ce soir ?. Le haïku propose un genre de communication idéal, en somme.

Comme le haïku cultive le vide et les silences,un certain temps peut se passer entre deux messages sans que cela nuise à la relation. Le décalage horaire n’est pas un problème. Le décalage spatial, lui, est intéressant. Il est amusant de recevoir un haïku qui parle de chaleur dans l’usine en pleine tempête de neige !

Et surtout, vous encouragerez votre ami.e à écrire à son tour, à observer attentivement la nature et donc, très finement, à penser à vous. Comme le haïku ne pratique pas l’ironie, les sous-entendus ni les métaphores à risque, il en découlera un esprit de communion et de bienveillance où la jalousie et autres poisons n’auront pas leur place… Vous me direz que c’est dommage, que l’on perd là un bonne dose de ce qui fait la littérature. Mais on gagne en qualité. On étire le temps, si court, on change de rythme… et on découvre (aux autres et à soi-même) sa meilleure face,

des feuilles mortes
dans le vieux bassin de pierre
des pétales roses

Coming-in, coming-out : Edition et Haïku

Depuis deux semaines, les événements. Je pense aux enfants, aux ados, à ceux que je rencontre dans les collèges et lycées, au mien…

Il y a deux ans, au lycée professionnel de Ribécourt (Oise), j’avais expliqué ma responsabilité d’éditrice. Nous venions de publier Haïkool (haïkus comiques de 108 auteurs, 6 langues et mes caricatures des auteurs) et j’expliquais comment cela se passe, l’édition d’un livre et aussi, bien sûr, la passionnante question du CHOIX. L’iroli avait, comme pour la plupart de nos livres thématiques collectifs, lancé un appel à textes sur internet. J’en avais reçu beaucoup et je me souviens avoir pris la décision de ne pas retenir un texte d’un auteur canadien anglophone. Son haïku, que je ne reprendrai pas ici, parlait d’un Musulman qui prie dans un aéroport près de la sortie de secours. Je le résume le mieux possible (il n’y avait pas de prouesse formelle, le haïku fuyant l’artifice et se prêtant généralement bien aux traductions). Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le haïku se borne à saisir l’instant, avec les sens, en évitant d’interpréter, tâche qui est laissée au lecteur.

       L’iroli, c’est à dire moi, n’avait pas retenu ce haïku qui est plutôt un senryu d’ailleurs, c’est à dire un genre de haïku abordant la nature humaine, sans référence aux saisons. Peut-être que certains lecteurs auraient trouvé la scène drôle. Moi pas. Car le futur livre s’adressait à un large public, donc à la jeunesse. Si je peux être irresponsable dans ce que j’écris, je suis responsable de ce que je publie. Le haïku ne cultive pas la satire, l’ironie n’est pas très L’iroli.

       Récemment, une jeune prof de français d’un autre lycée de l’Oise, me disait sa difficulté à faire écrire ses élèves. Ils veulent bien faire, écrire des textes avec finesse, style, deuxième degré, ironie, nuances et faire rire la galerie. Du coup, ils sont bloqués, ils n’écrivent pas du tout et elle-même, la jeune prof, n’écrit pratiquement plus pour les mêmes raisons. Or voici que retourner à la source : la nature, les arbres, les noms d’oiseaux (dans le bon sens du terme !), permet d’écrire quel que soit le niveau de langue et de connaissance. Reconnaître ce qui est, ce que nous avons sous les yeux avec une certaine humilité et les mots précis pour le faire, en collant plus ou moins au cadre commun des 17 syllabes, débloque pas mal les choses.

       Enfin, le haïku est le siège d’une belle bienveillance où tout le monde fait partie d’une même nature, sans hiérarchies. Né d’une philosophie orientale qui stoppe net toute tentative de ricanement, de critique acerbe ou de références à « ce que je sais déjà » et où tous les êtres vivants méritent le même respect, le poème japonais est très agréable à pratiquer avec tous les publics, quels qu’ils soient. Mieux : les jeunes en difficulté se révèlent particulièrement doués.

       Le haïku me semble être donc une voie du bon vivre ensemble : c’est mon expérience comme animatrice d’ateliers depuis sept ans. Le haïku est-il compatible avec une dimension plus élevée, des sentiments religieux ?… Pour certains, pourquoi pas ! Mais c’est là dans le domaine du privé. Le sentiment religieux me paraît aussi personnel et intime que la sexualité.

une carpe blanche
effleure la glace de ses lèvres
… puis disparaît

 isabel Asúnsolo, le 15 janvier 2015

Folie de juillet

Ce mois de juillet (passé) j’ai fait peu de choses mais j’ai essayé de les faire bien. J’ai reçu par courrier de bons rebonds et de bonnes ondes, ce qui m’a consolé de dix jours de rage dentaire.

Thierry Cazals m’a envoyé par mail la photo de Vincent Delfosse (coauteur de La Volière vide) que je n’ai jamais rencontré. Pour la première fois son visage apparaît devant moi : il est émouvant dans la lumière orangée d’un café, comme un halo bouddhiste un peu flou.

Journées de peinture blanche (de solives) et de confitures dorées (d’abricots volés). Impression de clarté et d’élévation avec le volume retrouvé dans la maison. Branche secouée de l’abricotier à l’aube et rires devant le tremblement de terre que cela provoque sur le macadam.

Tours de vélo au plan d’eau du Canada avec mon amie C. de Beauvais. Elle écrit aussi et partage avec moi un état de gentille folie reposante. Je me sens bien avec elle.

Halle Saint-Pierre à Paris. Avec ma fille, vu des oeuvres d’Art Brut qui lavent le regard et réjouissent le coeur. Ces artistes «fous» ont les deux qualités que j’admire le plus – patience et enthousiasme – et ne se sont jamais posé la question : A quoi bon ? ! Ils ont trouvé leur riche chemin fourmillant de diversité… Pour le spectateur, l’impression de libération est durable.

Le regard sous la casquette de Vincent, était-t-il celui d’un fou ? J’ai bien sûr pensé à la folie appliquée et opiniâtre de mon ami Jean-Claude Bardot : tous les matins, poème. A chaque lever, poème, lampe allumée, poème !

Les artistes «bruts» n’ont pas fait autre chose : suivre le fil ténu de leurs obsessions et le dérouler pour l’enrouler encore dans un autre sens, sur un autre écheveau. Se lançant éperdument dans leur art, sans le souci de percer ou de paraître… Voilà mon mois de juillet où j’ai travaillé aussi à élaborer le projet Cent haïkus pour la Paix…

à quelle vitesse
la chenille poilue traverse
la route au soleil

Encore à la main

Je reçois un mail, personnel (à mon prénom) d’une société qui me propose la numérisation de tous nos livres pour la diffuser par e-book. Avec l’appui logistique d’Amazon, je pourrais bénéficier de… millions, milliards… Je n’aurai plus de problème de stock, j’attirerai de nouveaux auteurs… argue le copié-collé. Voilà le problème : je veux peu de tout, de mails, de nouveaux auteurs, et de millions.

Tous les matins : une heure de courrier à la main minimum. Et cette jolie plage horaire a tendance à s’allonger à la faveur du dernier été indien-picard. En même temps, je réponds à force mails, parfois pour dire : je t’écrirai une vraie lettre.

A tel poète qui me propose un manuscrit joint en pdF, je réponds par une carte postale : «Merci de m’envoyer votre manuscrit par la Poste»… A telle autre évoquant des mailentendus, je réponds : Rencontrons-nous, regardons-nous dans les yeux, buvons un verre ensemble, et ces querelles courriellesques s’évanouiront… Nous nous entendrons bien, forcément, puisque nous nous verrons.

Ah, heureux le temps des vacances, le temps du peu-de-mails, où l’on peut faire croire que l’on n’est pas là, où l’absence est un droit. Le temps où je ne suis pas connectée même si c’est faux : quelle joie. Où mes cinq sens font leur travail loin de toute connexion : la définition de la vraie vie pour moi.

L ‘écran est comme l’estran : les petits coquillages et les cailloux dessus disparaissent à chaque nouvelle marée, et il ne reste rien. Je ne conserve vraiment que les lettres reçues, dans un carton (dans plusieurs cartons, dans deux grandes malles en fait). Aux mails trop longs je réponds : si vous voulez me joindre, me toucher, répondez-moi donc à la main. J’emporterai ma lettre dans le jardin et je la lirai assise sous les deux pieds de maïs gigantesques… et loin de toutes ces « news » idiotes ou graves que les messageries nous offrent en page d’accueil.

Quand j’écris à la main le temps se dilate. En traçant les lettres à la main, je caresse mes heureux destinataires, je rentre dans le vrai dialogue intime, le tête-à-tête précieux. J’écris d’ailleurs ceci à la main, avant de le taper…

 

parfaitement nue

la main qui tient la plume

L’automne s’avance

A une jeune haïjin…

A une haïjin en herbe qui m’a envoyé ses textes par mail, je réponds par une lettre à la main, le courrier est le luxe de ma vie. Pour moi, le haïku est presque un poème brut !

Je cite celui de Thierry Cazals (La Volière vide) :

un enfant à chaque main
je vais voir
pisser les vaches

Voilà ce qui s’est passé : les enfants ont dû demander au jeune père (ou au grand-père ou à l’oncle…) d’aller assister encore une fois, rituellement, à la scène dans un champ ou paît le bétail. Je vois le tableau avec les yeux de l’enfant que j’étais jadis, en vacances en Normandie.

L’ombre d’un clou que l’on essaie de peindre en vain, la bestiole rouge qui perfore vos futurs lys mais que l’on ne tue pas, voilà le haïku. Il se passe cette chose… que quelqu’un d’autre pourra reconnaître et goûter, condition même de l’existence du haïku (1). Au lecteur de trouver la beauté là où il ne s’y attend pas : dans le souffle qui s’élève d’un museau, le chant caché dans une haie d’aubépine ou… dans le jet fumant qui atterrit bruyamment dans une bouse.

La structure 575 n’est pas un critère absolu. La marelle à la craie est un cadre, certes, mais un cadre approximatif aux jeux et à la joie de ceux qu’elle attire pour y sauter un moment, sur un seul pied. On dit que le haïku existe seulement quand il est lu… et apprécié.

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