BIODEGRADABLE ?

 

BIODEGRADABLE Un Haïku pour le climat ? Voyez donc… (et cliquez sur les photos)

JOUR 6, lundi 12 novembre.
Je vous avais annoncé une photo pour aujourd’hui mais j’avoue que je ne suis pas trop tentée d’aller voir notre livre qui a passé le 11 novembre « tombé » (tumbado en espagnol) sous les éléments… sur le compost-tranchée où tout ce mélange, le vivant et le mort. Ce sera pour demain. Je vous souhaite une bonne semaine. Demain soir je serai pleine d’énergie après avoir passée la journée avec des écoliers d’Harbonnières, dans la Somme. isabel.

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JOUR 5, dimanche 11 novembre 2018.
Il pleut sur le tas de compost. Je suis allée voir notre livre, les pages commencent à devenir translucides et on peut lire à travers. Une brindille du bouleau tombée sur la page du faux titre dessine une flèche. Ce qui m’a étonnée le plus est l’affadissement de la moitié du pamplemousse dessus (demain je prendrai une photo). Aujourd’hui, par hasard, je suis tombée sur ce haïku du livre qui résonne d’une façon particulièrement émouvante ce 11 novembre :

une feuille tombe de l’arbre
les émotions reviennent
la haine m’échappe

Cherifa Abdeli, 10 ans, Ecole Michelet de Roubaix (Un Haïku pour le climat)

Ce haïku d’enfant n’a pas été sélectionné par le jury du concours mais j’ai voulu le rattraper. Voilà ce que j’aime de mon métier : cette liberté. La troisième ligne ne cesse de virevolter dans ma tête.

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JOUR 4, samedi 10 novembre 2018.
Comme je ne retrouve pas mon téléphone portable qui me permet de prendre des photos, je vous raconte : il a plu presque toute la nuit, le vent a soufflé fort et, ce matin, le livre entrouvert montrait à nouveau son rabat rouge, comme au JOUR 2. Je me suis demandé si les pages commençaient à fondre, si elles se soudaient entre elles, si l’encre filait… J’ai pensé aussi : mon rôle d’éditrice ne ressemblerait-il pas à celui du compost ? Je vais réfléchir là-dessus. A demain.

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 JOUR TROIS, 9 novembre.
Le papier commence à devenir fragile sous l’effet de la pluie. Les premières taches sont apparues. Mais les puristes ne se sont pas encore plaints : Quoi, des agrumes dans le compost ! Je suis aussi curieuse de ce que va devenir le demi pamplemousse. Cliquez sur la photo : le pied de tournesol à gauche, qui est une repousse d’un tournesol étêté (que je suis allée déterrer dans un champ au bord de la N31 en septembre) continue sa transformation… Les feuilles de chou rouge, cirées, dureront-elles plus longtemps que la couverture du livre ?

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JOUR DEUX, 8 novembre.
Il a plu une grande partie de la journée hier mais, ce matin, le baromètre a bien remonté et voici le soleil. Le rabat rouge n’est plus visible, la couverture non plus. Quelques pages sont cornées, une brindille est rentrée… Je ne touche à rien. Je continue à déverser des épluchures dans le compost mais sans toucher au livre pour le moment.

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JOUR UN, 7 novembre.
Après la nuit, je m’approche du compost et découvre ceci : la pluie a tourné les pages du livre. On ne voit plus le titre mais le beau rabat rouge apparaît.

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JOUR ZERO, 6 novembre 2018.
J’ai posé le livre sur le tas de compost. Il fait beau dans le hameau. Les poules Cayenne et Cendrée tournent autour mais ne touchent pas Un Haïku pour le climat, ne le picorent pas. Le soir, il commence à pleuvoir doucement et je ne peux pas m’empêcher de penser que j’ai laissé… mon enfant dehors ! Mais je n’ai plus d’enfant à la maison.

Je suis intéressée, comme vous et moi, par l’avenir du livre en général et par celui-ci en particulier. Un haïku pour le climat n’a aucun pelliculage ni vernis. Il a une une peau si fragile qu’on dirait presque un être vivant… Je veux savoir ce qu’un livre devient dans le compost. Cette expérience va se poursuivre tout l’automne, jour après jour.
(J’ai changé l’ordre des photos : antichronologique c’est mieux.)

Billet de l'éditrice du 08.11.2018

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