MA PAROLE… d’éditrice

Dernier billet de l’éditrice

 

Printemps d’une éditrice. Oiseaux et réflexions

Le 2 mars
(extrait de mon journal)

Assise par terre sur le pont du Thérain, à la hauteur de l’arrêt de bus que je prendrai pour rentrer à Plouy. Pour rentrer de Beauvais en marchant la moitié la plus belle, je longe la rivière à partir du lycée Jeanne Hachette jusqu’aux jardins ouvriers.
J’ai croisé (je ne suis pas parvenue à les doubler avec mon caddie rose !) un groupe d’enfants d’un centre aéré qui allaient pique-niquer au Plan d’O du Canada. C’est les vacances ici.

Manteaux enlevés
Les enfants suivent les ombres
des érables nus

Je parle un peu avec eux avant de bifurquer, chacun son chemin, à hauteur du parc de la Grenouillère.
Un couple de bergeronnettes printanières très fines (je les ai d’abord confondues avec des mésanges à longue queue) se coursent gentiment sur une berge. Tout à l’heure, au feu rouge, des jardiniers de la ville taillaient les rosiers, cachés derrière eux.
Passe une maman en bleu, poussant son bébé. Elle n’avait pas de masque, voilà ce qui m’a surprise !
En chemin, L. m’a appelée pour savoir si elle pouvait faire confiance à tel éditeur parisien. J’ai aussi eu mon père pour lui parler des bons retours des lecteurs espagnols. Et, à l’instant, une imprimeuse espagnole, Natalia, m’appelle pour avoir mon avis sur son devis.
Aulne nu, arbre nu, appel de la bergeronnette perchée.
Sirène d’une ambulance.

Quand elle s’élance, la bergeronnette semble flotter un instant dans l’air.
Le Thérain scintille sous les aulnes tout en fruits et chatons pourpres.
Et voici un pouillot véloce, suivi de sa compagne-compagnon, bien discrets tous les deux dans le buisson a demi immergé.

Si je te voyais
Là, bleu du martin-pêcheur
je rougirais !

*

Le lendemain et le 7 mars

Ce matin, j’ai assisté à une bataille de merles : deux beaux mâles jeunes bien noirs au bec orange se fonçaient dessus sans relâche, sous le bouleau. Je me suis demandé si c’était une affaire de femelle ou de territoire. Je penche pour ce dernier car le compost du jardin est très convoité par les oiseaux. J’ai bien peur qu’un des deux contrincantes (combattants) ne s’en sorte pas, vu la violence de la rixe. (Quand j’ai écrit ceci, je n’étais pas au courant des émeutes à Beauvais !).

Ce matin, j’ai moins le moral car, malgré les mails, les appels et rappels téléphoniques j’ai très peu de commandes. Du dernier livre, Les 24 Saisons de Nanako de Pascale Moteki, je n’ai vendu que quelque 200 exemplaires en trois mois. Les poster aux libraires coûte une fortune : avec le nouveau tarif 2021, envoyer un livre (entre 250 et 300g) coûte 6,64 euros (que je ne facture pas aux libraires). Et comme il n’y a plus de salons pour la vente en direct, aïe.

Ne m’envoyez plus de manuscrits car il faut que je vende le dernier livre publié avant de me lancer dans de nouveaux projets. Je me suis fixé un objectif : vendre 300 exemplaires (vente ferme, retour exceptionnel, voilà pourquoi je ne facture pas le port) du dernier, d’ici le 3 mai. Si j’y arrive, je pourrai me lancer dans d’autres publications. Car je n’aime pas le système où, recevant des subventions pour faire des livres, je n’arriverais pas à les vendre ! Il faut que le système économique fonctionne, alors je me démène.

A L’iroli, le travail est à échelle humaine. J’appelle les libraires en direct, avec mes trois stagiaires collégiens : Sarah, Noé et Isabelle et les 3 à venir en avril-mai. Je ne passe pas par un distributeur pour plusieurs raisons, la première étant que ceux que je connais exigent une régularité des parutions qui m’obligerait à moins bien choisir mes publications (je suis de plus en plus difficile) et, surtout, les livres vendus un semestre reviennent le semestre suivant et, le croirez-vous ? il faut rendre l’argent ! Je l’ai vécu et n’ai pas envie de retenter l’expérience.

En rentrant, le premier bourdon de l’année me chante sa chanson, tout en tournant autour de la lavande sèche.
Mais ce dimanche où je mets ceci en ligne, bonne nouvelle : Ombres Blanches, la grande librairie toulousaine a eu un coup de cœur pour notre album. Merci aussi à Vincent, libraire de Lafontaine de Privas en Ardèche pour sa commande !

A suivre donc, courage aux gens du livre, et à bientôt !

isabel Asúnsolo

Billet de l'éditrice du 07.03.2021

 

Rechercher

Dernières Paroles d’Editrice !

Évènements à venir