Cactus & Auteurs

 

Cactus & Auteurs

Jolis nuages du couchant. Je suis assise dans la petite véranda avec mes plantes. Je les ai toutes rentrées car le thermomètre va bientôt flirter avec le 0.

Elles sont contentes, les plantes, toutes lustrées de pluie.

Il faut voir comment Nils me parlait l’autre jour de son roman, de la pluie dans son roman. Quel sérieux il avait, avec sa dent du bas manquante, cet auteur de 12 ans. Nils est l’élève de Claire, auteure* de L’iroli, qui m’a fait venir dans sa classe. La chance.

Je regarde mes plantes, certaines ont morflé avec les intempéries. La Canarienne c’est cassé un bras, carrément. Pour le moment, j’ai posé le bras quelque part, on verra bien s’il trouve une solution et prend racine. Les plantes de l’amitié exultent, dodues. Si j’allais faire écrire en prison, je donnerais des boutures aux détenus, en plus de mots.

L’aloé de mon fils Pierre s’étire en étoile, envahit le passage. Les kalanchoés préparent leurs fleurs mauves perchées, africaines aristocrates. Les petites je-ne-sais-quoi multiplient leurs rosaces et me rappellent les vacances en Espagne, au temps hippy.

Il y a le cactus de Murla qui fait de tendres rejetons à croire qu’il a oublié qu’il est une cactée féroce qui avait planté son épine dans mon pouce, en septembre dernier.

La pita de Paquita (la Paquipita) bicolore ramenée d’une tranchée de la Dehesa de la Villa est belle : à la surface bleutée poudrée de la future feuille on peut lire la trace des épines de la dernière feuille déroulée.

Des sédums s’épanchent, fleurissent. Un drôle d’oiseau fractal (son nom?) poursuit sa croissance animale.

Sur la rondeur d’un cactus prélevé dans une colonie qui prenait le soleil dans un creux sableux du Pardo, en décembre 2018, un bourgeon s’annonce sur la ligne de crête de la couronne d’épines. J’aime la lenteur des cactus.

Gabriel Matzneff sera jugé pour son Journal, pas pour ses romans. Parce que l’on considère que le premier n’est pas de la littérature ?… Je ne comprends pas un éditeur qui abandonne ses auteurs.

Je pense aux miens, à mes auteurs. Au bout de 15 ans de L’iroli, vous me remplissez de joie et d’amitié. Un plaisir aussi grand que les petites plantes que je cultive. Non, je ne vous laisserai pas tomber ni retirerai vos livres de la vente quoi que vous écriviviez !

A vous, cactus, auteurs et amis…

Bon printemps à venir !

Si j’étais un arbre…
Je s’rais Prunus accolade
pour vous enlacer

(haïku-portrait chinois, écrit collectivement ce 31 janvier 2020, au collège Cabrini de Nogent-sur-Marne)

* A l’étouffée, de Claire Blanchard-Thomasset, livre de fragments culinaires que je vous recommande très chaleureusement.

Billet de l'éditrice du 06.02.2020

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