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Printemps d’une éditrice…

 

Printemps d’une éditrice. Oiseaux et réflexions

Le 2 mars
(extrait de mon journal)

Assise par terre sur le pont du Thérain, à la hauteur de l’arrêt de bus que je prendrai pour rentrer à Plouy. Pour rentrer de Beauvais en marchant la moitié la plus belle, je longe la rivière à partir du lycée Jeanne Hachette jusqu’aux jardins ouvriers.
J’ai croisé (je ne suis pas parvenue à les doubler avec mon caddie rose !) un groupe d’enfants d’un centre aéré qui allaient pique-niquer au Plan d’O du Canada. C’est les vacances ici.

Manteaux enlevés
Les enfants suivent les ombres
des érables nus

Je parle un peu avec eux avant de bifurquer, chacun son chemin, à hauteur du parc de la Grenouillère.
Un couple de bergeronnettes printanières très fines (je les ai d’abord confondues avec des mésanges à longue queue) se coursent gentiment sur une berge. Tout à l’heure, au feu rouge, des jardiniers de la ville taillaient les rosiers, cachés derrière eux.
Passe une maman en bleu, poussant son bébé. Elle n’avait pas de masque, voilà ce qui m’a surprise !
En chemin, L. m’a appelée pour savoir si elle pouvait faire confiance à tel éditeur parisien. J’ai aussi eu mon père pour lui parler des bons retours des lecteurs espagnols. Et, à l’instant, une imprimeuse espagnole, Natalia, m’appelle pour avoir mon avis sur son devis.
Aulne nu, arbre nu, appel de la bergeronnette perchée.
Sirène d’une ambulance.

Quand elle s’élance, la bergeronnette semble flotter un instant dans l’air.
Le Thérain scintille sous les aulnes tout en fruits et chatons pourpres.
Et voici un pouillot véloce, suivi de sa compagne-compagnon, bien discrets tous les deux dans le buisson a demi immergé.

Si je te voyais
Là, bleu du martin-pêcheur
je rougirais !

*

Le lendemain et le 7 mars

Ce matin, j’ai assisté à une bataille de merles : deux beaux mâles jeunes bien noirs au bec orange se fonçaient dessus sans relâche, sous le bouleau. Je me suis demandé si c’était une affaire de femelle ou de territoire. Je penche pour ce dernier car le compost du jardin est très convoité par les oiseaux. J’ai bien peur qu’un des deux contrincantes (combattants) ne s’en sorte pas, vu la violence de la rixe. (Quand j’ai écrit ceci, je n’étais pas au courant des émeutes à Beauvais !).

Ce matin, j’ai moins le moral car, malgré les mails, les appels et rappels téléphoniques j’ai très peu de commandes. Du dernier livre, Les 24 Saisons de Nanako de Pascale Moteki, je n’ai vendu que quelque 200 exemplaires en trois mois. Les poster aux libraires coûte une fortune : avec le nouveau tarif 2021, envoyer un livre (entre 250 et 300g) coûte 6,64 euros (que je ne facture pas aux libraires). Et comme il n’y a plus de salons pour la vente en direct, aïe.

Ne m’envoyez plus de manuscrits car il faut que je vende le dernier livre publié avant de me lancer dans de nouveaux projets. Je me suis fixé un objectif : vendre 300 exemplaires (vente ferme, retour exceptionnel, voilà pourquoi je ne facture pas le port) du dernier, d’ici le 3 mai. Si j’y arrive, je pourrai me lancer dans d’autres publications. Car je n’aime pas le système où, recevant des subventions pour faire des livres, je n’arriverais pas à les vendre ! Il faut que le système économique fonctionne, alors je me démène.

A L’iroli, le travail est à échelle humaine. J’appelle les libraires en direct, avec mes trois stagiaires collégiens : Sarah, Noé et Isabelle et les 3 à venir en avril-mai. Je ne passe pas par un distributeur pour plusieurs raisons, la première étant que ceux que je connais exigent une régularité des parutions qui m’obligerait à moins bien choisir mes publications (je suis de plus en plus difficile) et, surtout, les livres vendus un semestre reviennent le semestre suivant et, le croirez-vous ? il faut rendre l’argent ! Je l’ai vécu et n’ai pas envie de retenter l’expérience.

En rentrant, le premier bourdon de l’année me chante sa chanson, tout en tournant autour de la lavande sèche.
Mais ce dimanche où je mets ceci en ligne, bonne nouvelle : Ombres Blanches, la grande librairie toulousaine a eu un coup de cœur pour notre album. Merci aussi à Vincent, libraire de Lafontaine de Privas en Ardèche pour sa commande !

A suivre donc, courage aux gens du livre, et à bientôt !

isabel Asúnsolo

Billet de l'éditrice du 07.03.2021

Plus roseaux que réseaux !

 

Plus roseaux que réseaux !

Au confinement dernier, j’avais ouvert un compte Fb pour participer à une visio-conférence sur les tarifs postaux pour les livres. Pouvoir poster des livres à un tarif raisonnable me paraît essentiel. Pas seulement les libraires, mais tout le monde.

Pourquoi est-ce que j’ai fermé mon compte, me demande-t-on ?
D’abord, ça m’a terriblement fâchée d’apprendre que les GAFA s’étaient enrichis pendant les dernier mois, tout le contraire des libraires… et que j’avais contribué à cela. Horreur ! Lire sous un arbre, plonger dans un livre à deux mains, sans clics numériques et autre distraction que les butineuses… Voilà LA vie que je veux avoir.

Côté « vie économique », côté travail, ce n’est pas sur Fb que les choses se passent pour moi (je ne suis pas à la retraite) : c’est bien par courrier électronique qu’arrivent les commandes de livres (en moyenne 2 par jour, bien moins que les 5 du début où il se publiait moins de livres de haïkus). Pareil pour les ateliers. Même si, depuis dix mois, il n’y en a pas. J’ai essayé de faire un Skype avec une classe pour parler de haïku… ça n’a pas marché. Je m’occupais de mes asters, j’ai raté le rendez-vous. Pour me faire pardonner ce sacré acte manqué, je suis allée faire un petit tour à Tours rencontrer les enfants. C’était en décembre dernier.

Sur Fb, surtout, c’est le pire de moi que j’exprime et ça m’énerve : goût du commérage, voyeurisme, exhibitionniste… La terrible tentation de la superficialité, du bavardage. (Eh oui, si j’aime tellement la concision du haïku c’est… qu’il ne me ressemble pas !) Je lutte contre l’éparpillement. Je voudrais travailler, créer, vivre et prendre le temps de parler avec mes voisins… Surtout, je ne veux pas me laisser aller à la peur collective, aux idées générales faciles, si loin des couleurs des pelotes de pollen que les abeilles rentrent en novembre !

Je n’aime pas ce flot d’infos et d’images. 
Cela trotte longtemps dans ma tête, fait une bouillie.
(Je n’aime pas non plus lire que l’on parle de moi. Ni en mal car ça me touche trop, ni en bien car je n’y crois pas !).
Peut-être suis-je trop timide ? Ou alors trop orgueilleuse ? 
Si quelqu’un veut m’atteindre, qu’il m’écrive une lettre, un mail ou m’appelle. Je répondrai à la main.

Mais je n’ai pas envie de passer une vie immobile…
Depuis le printemps dernier je suis devenue moins sédentaire, grâce aux d’abeilles. Je concocte des projets api-poétiques.

J’oubliais ! J’essaie de lire une heure par jour !
Et je voudrais, aussi, continuer à écrire une heure par jour, debout en regardant la mare par la fenêtre. Si vous saviez tout ce qui s’y passe…
Pauvre cane qui s’exposait dans la mare, en mai dernier ! 
Pour vivre heureux, vivez cachée ? 
Aaah oui, je suis plus roseaux que réseaux !

Portez-vous bien tous et toutes qui me lisez.
Santé et amitié. Et si vous pouvez… sortez !

butinent ensemble
frelons asiatiques, abeilles
mon lierre en fleur

isabel Asunsolo

Billet de l'éditrice du 10.11.2020

Je réponds à la main…

 

Je réponds à la main…

Chère I,

Et voici les conventions de stage signées, multicolores car remplies en plusieurs fois.
J’espère que tu vas bien, en vacances !
Moi j’attends l’arrivée des 24 Saisons de Nanako (regarde le catalogue que je joins)…
En ce moment, je devrais être (pendant 5 jours) au Marché de la Poésie de Paris. Il a été annulé. Alors en février prochain, quand tu viendras, je ne sais pas quelle sera la situation ni le travail qu’il y aura à faire. Mais j’espère (j’en suis sûre en fait) que tu pourras découvrir différents aspects de la vie d’une petite entreprise d’édition. Il est possible que le vendredi 19 février, veille des vacances, tu m’accompagnes à un atelier de haïku.
D’habitude j’en fais pas mal, là c’est différent. Mais j’en aurai un, le 13 novembre prochain à… la prison de L. Je te raconterai.

J’ai lu l’intro et le début de ton roman. Tu as bien fait de m’envoyer ça par courrier, avec un mot à la main. L’intro m’a laissée perplexe jusqu’à ce que je comprenne que N = La Déesse. Je l’ai fait lire à ma nièce Lucile : elle non plus ne captait pas. Donc, il faut que ce soit plus explicite, que l’on sache QUI EST QUI.
Ensuite, l’atmosphère est pas mal, on voit que tu connais bien le monde des vampires. 
Je te conseille de prendre le temps de camper le décor, qu’il y ait plus d’ingrédients sensoriels, plus de détails liés aux sens : des sons, des odeurs… des choses inspirées de ton entourage, de ce que tu vis et tu connais. Des choses auxquelles se raccrocher, tu vois ?

J’aime bien l’humour qui circule. On a tous besoin d’humour, non ? 

Ah, relis toi à voix haute : tu verras si le rythme des phrases est bon ou trébuchant. C’est très important !

Je t’embrasse. 

isabel

Billet de l'éditrice du 22.10.2020

Tournez… On rentre !

 


Tournez… On rentre !

Ce lundi de septembre, la télé régionale est venue me filmer au travail. Cinq heures qui donneront 4 minutes… Le journaliste, en prenant le café-thé à la table de la cuisine, dit ne pas connaître l’odeur de l’herbe. Le gazon ? Et nous voici partis à rire, les perchiste, le caméraman et moi. 
C’est le beau temps de miel, la belle arrière-saison aux cosmos et aux asters. 

Debout devant la mare, je sens la caméra posée sur mon dos. Je porte une robe rose, avec une chemisette noire avec un haïku brodé par ma mare, je veux dire par ma mère. (Je ne me soucie pas trop de mon aspect, ou plutôt, je ne veux pas donner l’impression que je m’en fais…)
Le soleil tape. La caméra tourne. Peut-on garder le son de la scie circulaire avec les tourterelles ? s’inquiète le journaliste. Mais oui, mais si, bien sûr !

Je pioche au hasard dans ma poésie de confinement. Tous les jours, debout à la fenêtre, j’ai écrit en observant les têtes des roseaux qui peluchent, les plumes des poules d’eau ados… Vous parlez de camions dans vos poèmes ? demande le journaliste. Oui, bien sûr, des camions et des tracteurs. C’est ça que j’aime du haïku, (comme si seulement le haïku pouvait accueillir des moteurs…) Je fais semblant de m’étonner, mais c’est la télé, c’est normal. Il s’agit d’une re-création. 

Le caméraman filme. Je ne bouge pas. Je suis devenue une statue de sel d’immobilité. Le saule, lui, remue ses minces feuilles bientôt dorées. Je fixe mon cahier et les canards que j’ai dessinés (tête-bêche). Pendant que les modèles, dans l’eau, font comme si de rien n’était.

V’là Monsieur l’Facteur qui arrive… Je vais ouvrir une fois, deux fois, 3 fois la boîte. Le courrier que je tiens à la main, le gravier lourd que je foule, le soleil. 
Recommencer, encore. Retourner au portail, revenir…
Montrer le courrier : un chèque de libraire breton et un manuscrit.
Vous voyez, c’est ça ma vie. De A à Z, les auteurs, les libraires. (Je cache l’enveloppe à fenêtre). 
Et répondre aussi, écrire des lettres à la main, à croire que je suis femme de lettres… A croire que je suis devenue éditrice pour ça, pour que ma boîte se remplisse de plis et de colis !

Voulez-vous me voire faire un paquet ? Mais d’abord, le fichier des ventes.
La caméra tourne, goulue, penchée sur mon épaule et mon écran où est inscrit chaque livre vendu. Brighton, ouahh !, vous vendez aussi là-bas ? Brighton les Pins, en Picardie, je précise.
Pour le Japon, j’emballe les livres dans du papier de soie.
Et quoi d’autre ?
J’écris à la main. La caméra s’immobilise, comme si elle lisait.
Quoi d’autre ?
J’effeuille ma nouvelle maquette, je m’arrête. Je n’arrive pas à l’envoyer chez l’imprimeur, je dis (et c’est bien vrai, comme si je n’arrivais pas à plonger dans cette rentrée…).

Et le Japon alors ? Avant de répondre, j’hésite. Je fais semblant d’hésiter, comme une pro : J’y ai trouvé… J’y ai laissé… 
Et le haïku, ça vient tout seul ? 
Et la caméra tourne, en même temps que la terre, avec tous mes amis poètes, vivants et morts, elle tourne la terre avec les feuilles des arbres qui commencent à se détacher, avec les fleurs de lierre sur le point de s’ouvrir, les asters et les cosmos, elle tourne avec les abeilles…

Et maintenant, assise sur le canapé, vous buvez votre thé, et nous vous filmons à travers la rose rouge, voilà. 

Qu’est-ce qui sortira de tout ça ? Qu’est-ce qui restera ? 
On verra, on verra… Pour quoi s’en faire ?

Verte libellule
Tu rentres et voles au-dessus
du jeune perchiste

isabel Asúnsolo, 
ce vendredi 18 septembre 2020

Billet de l'éditrice du 25.09.2020

AUTOPSIE D’UN TIROIR

 

Autopsie d’un tiroir

Ce printemps, j’ai profité du temps covid pour vider le grand tiroir de ma cuisine. Avant de jeter (ou pas) ce qui s’y trouve, j’en ai fait l’inventaire sans rien inventer :

Un parfum iranien pour homme, marque Repiton n°7.
Une encre Colorex magenta n°60.
Un sachet de graines de radis japonais, daikon : oïshi, délicieux.
Un mini-livre leporello signé Christiane Ourliac avec un haïku :
Fin de l’année  / Tournant le dos à la lune / Chat en cavale
Un petit chat articulé en carton Bonne Année 2016 et Chiaki Miyamoto.
Un briquet Bic Bird of Paradise.
Une petite boîte d’allumettes en carton pliable, avec ses 20 têtes rouges en quinconce.
Des ciseaux en métal et plastique orange.
Un flacon CBD Oil Royal Queen.
Une carte de visite José Luis Asúnsolo, Real Liga Naval Española.
Un mot à la main d’un habitant de Plouy : Nous aimerions une brocante, un marché fermier, un marché aux plantes.
Les horaires de la navette Plouy Saint§Lucien-Beauvais.
Des crayons, des stylos, certains réunis par un élastique.
Une pierre rouge, avec du quartz translucide.
Un dé à jouer rouge.
Une boîte avec un chapelet de bois de rose, Souvenir de Medjugorge.
Deux bonbons au miel.
Une barrette pour cheveux made in France.
Un sachet unidose Nescafe classic.
Deux bâtons de colle, un jaune et un vert.
Trois éléphants porte-clefs indiens.
Un pin La Poste est devenue timbrée, de l’Autre Livre.
Un coquillage (genre coque) taché d’encre verte.
Un rouge à lèvres Deborah Milan n°13 (rouge très vif).
Un sachet thé tonique au guarana.
Un porte-clef avec le dessin de la maison Sabi-Soba avec un cœur entourant 2020.
Un bout de gomme sale.
Un crayon rouge petit, gros et plat, de charpentier.
Un mini crayon khôl pour les yeux, irisé.
Deux tailles crayon, un en plastique, l’autre en métal.
Un paquet de posts-it jaunes avec, sur celui du dessus :Cookies, 200 g Farine Riz, 150 g sucre roux, 150g beurre de cacahouète.
Deux pinces à épiler.
Un marque-pages tissé à la main avec des lisérés roses sur fond brun.
Un petit galet strié fauve.
Un bout d’évier triangulaire en ciment.
Une règle souple marquée Romane.
Une anse de tasse anglaise avec des motifs de fleurs roses.
Un paquet de kleenex.
Une fève des Rois : Zorro à cheval.
Une autre fève : Baby Daisy.
Une autre recette, à l’écriture maladroite à la main sur papier quadrillé : Tarta de calabacín…
Trois épingles à chignon noires.
Une petite balle, taille calot, en caoutchouc ultra-rebondissante.
Des haricots tachetés blancs et rouges.
Une plaquette de gélules rouges.
Un minuscule sachet en plastique avec un petit bouton en bois.
Une petite boîte décorée avec une crème parfumée de cerisier.
Une vieille carte mémoire… Qui contient quoi ?

isabel Asunsolo, ce printemps été vingt

Billet de l'éditrice du 25.08.2020

JEUX D’ETE

 

Avec notre Frida (hérissonne réalisée par Myriam Bonneel à partir d’un San Antonio), nous avons Agnès, Camille, Ingrid et moi écrit un petit texte au jardin de la maison d’édition avec les mots piochés au hasard : Manifestation, gonzesse, ferme, ravissante, circoncis, deuzio, Geneviève
Qui a dit que notre écriture nous ressemble ? Voici le résultat. Avec des photos et une belle mise en page d’Agnès Orosco…

Billet de l'éditrice du 23.07.2020

Lettre à un poète…

 

Lettre à un poète…

Je m’appelle Emi et suis stagiaire aux éditions L’iroli. J’ai eu votre tapuscrit entre les mains. Nous l’avons bien aimé, isabel et moi !

Vos haïkus nous font plonger dans nos souvenirs respectifs. Certains, comme celui de la dent sur le toit, nous a fait rire. Votre écriture nous parle bien ! Toutefois, je ne vais pas vous mentir, tous vos haïkus ne nous plaisent pas. Personnellement, j’en ai retenu 44 sur les 75 que vous nous avez envoyés, et je suis encore mitigée sur certains.

Je peux écrire les points qui m’ont déplu, ils ne sont pas nombreux, ne vous inquiétez pas. Ainsi, certains haïkus ne correspondent pas vraiment à l’esprit de ces petits poèmes, tel que nous l’avons adopté dans notre « ligne éditoriale poétique », qui est de traiter l’instant présent et de ce que l’on voit, que le lecteur puisse se faire son idée de ce qu’il lit et qu’il en visualise sa propre image. Assez souvent, je me suis retrouvée confrontée à votre avis, votre vision des choses… Le haïku s’en retrouve fermé. Comme l’a écrit Fernando Rodíguez-Izquierdo dans la préface de Kigo, de Seiko Ota et Elena Gallego : La composition de la poésie jaillit de ce que la personne voit ou entend. C’est pour cela que nous devons aiguiser nos sens, pour savoir regarder et écouter. Les répétitions au sein d’un même haïku, les mots étrangers sans traduction proposée, m’ont donc troublée…

Je vous remercie pour cette agréable lecture et espère que vous continuerez d’écrire des haïkus pendant encore longtemps, je serais curieuse de vous lire ! Je vous adresse par ailleurs mes compliments pour avoir remporté le prix « Lire et faire lire ».

Bonne continuation à vous et bonne chance,

Isshun isshin ! (en japonais, cela signifie : mettre du cœur et de l’esprit à chaque moment).

Émilie, stagiaire aux éditions L’iroli.

P.S. : Nous vous souhaitons un joyeux anniversaire en retard !

Billet de l'éditrice du 22.06.2020

Non-Editrice…

 

Non-Editrice

Que faites-vous en ce moment ? m’a demandé une future stagiaire qui devait venir à L’iroli en avril-mai dernier.

En ce moment, lui ai-je répondu, je… non-édite plus que d’habitude. 

Cela n’a rien à voir avec le virus. D’habitude, je publie peu : je n’accepte qu’un seul manuscrit sur 100 environ. 

Et j’ai raison ! car les librairies débordent et les librairies s’en plaignent. 

Et il est si difficile de vendre, et il est si cher de poster les livres… 

Cela tombe bien, parce que je suis devenue difficile. Ou alors paresseuse, me souffle une petite voix. Une certaine paresse, par moments, a du bon, non ?

C’est vrai que rares sont les textes qui me paraissent assez essentiels pour mériter le papier (ma grand-mère disait « Le papier ne refuse pas l’encre » !), rares sont les haïkus qui me transpercent. 

Une activité de non-édition plutôt positive : de l’édition par procuration.

En février, j’ai aidé une jeune écrivaine de SF à mettre en page (pas en cage) son livre qui vient de sortir : Milsem. Je lui ai donné quelques conseils pour améliorer l’histoire de sa Mils, cette jeune fille métissée d’extraterrestre…

J’ai fourni à trois étudiantes de l’IUT Métiers du livre un projet de haïkus illustrés qui sommeillait, inachevé, et qu’elles ont pu faire aboutir en un livre dont elles sont fières : Boucles Emmêlées.

J’ai choisi des textes pour la revue Gong. Et je me suis occupée de l’édition du prochain « solstice » de l’Association francophone de haïku, Haïkus des bords de Marne de Jean-Hughes Chuix, dont j’ai traduit les textes en espagnol et fait la maquette. A paraître très bientôt, avec la pleine lune de juin.

J’ai failli oublier : je me suis occupée des contes de mon père qu’il a enfin écrits, à Madrid pendant cette période étrange : La Isla, la Muesca, La Dama de Suez, Madre-Nube… Des heures passées au téléphone pour élaguer à peine, choisir un verbe plus nuancé, sans changer son style, ni bien sûr le décourager.

Et il m’a dit : Quel bonheur de travailler avec toi. Si ce travail d’écriture n’avait servi qu’à ça ! 

Emilie, Anaïs et Salomé, quand vous viendrez travailler à L’iroli lundi, vous aurez du beau travail. L’offre de stage précisait « édition » mais aussi « potager » et… abeilles.

Depuis le 4 avril, elles butinent les aubépines, le colza, les églantines. Les voilà sur les fleurs de ronce… Et les sainfoins des talus… Tondus, hélas, depuis !

A L’iroli, à Plouy, nous rentrons dans l’été pour préparer l’automne. 

On ne somnole plus. On vit !

La maison d’édition au bord de la mare qui vient de fêter 15 ans devient plus bruissante et attentive.

Je souhaite un bel été à tout le monde…

Encore de la mousse
pour ton nid gigantesque
petit troglodyte !

isabel Asúnsolo, ce 3 juin 2020

Billet de l'éditrice du 03.06.2020

Interview pour Bistrot Vedette, par Emmanuel Clouet.

 


Bonjour isabel ! Quelle est, selon toi, la portée contemporaine du haïku, sa forme peut faire penser à des clichés photos, comme des sortes de cartes postales d’état des lieux de la planète ?

Oui Emmanuel, le haïku ressemble à une photo. Sauf que l’on peut aussi écrire sur le sens de l’odorat, le goût… et d’autres émotions plus subtiles que nous ne pourrions pas capturer avec une caméra. Surtout, on va bien choisir ses mots. C’est génial les mots quand on aime, comme moi, les langues. 

Et puis le haïku saisit le surgissement. On a rarement le temps d’aller chercher son appareil photo quand surgit la première hirondelle de l’année !

La portée contemporaine du haïku est celle de la vie vécue pleinement avec la conscience du temps présent et du temps qui passe aussi… et du temps qu’il fait 🙂

Quand on écrit des haïkus on se concentre et on s’évade à la fois. C’est vrai aussi qu’on bavarde un peu moins que d’habitude !

Pour les jeunes, c’est une merveilleuse occasion de sortir des écrans, d’aller dehors. D’expérimenter les choses en direct, de façon personnelle. 

Le haïku est très loin des fake-news. Ne me raconte pas que la grenouille coasse si tu ne l’as pas entendue !…

*

Un Haïku pour le climat, recueil collectif (paru fin 2018) est autant une vanité du point de vue du concept que pour sa biodégradabilité, est-il pour toi un cri d’alarme ou autant de messages d’espoir ?

Ce livre est une coédition entre L’iroli, l’Association francophone de haïku et le CLER – Réseau pour la Transition énergétique. Il est le résultat d’un appel à textes et il réunit aussi des haïkus choisis par le concours du CLER des trois dernières années.

Aux haïkus s’ajoutent des textes plus pamphlétaires que nous avons gardés car il n’y a définitivement pas une dé-finition du haïku.

La nature et le climat sont très importants pour les poètes de haïku.

Au départ, on indiquait toujours la saison en suivant l’évolution saisonnière : ce que l’on appelle le KIGO. (Exemple de kigo : « chèvrefeuille en fleur »). Comme le climat change, les saisons sont chamboulées et les kigos glissent… On devrait se fier davantage aux floraisons, aux éclosions, qu’au calendrier ! Nous, poètes du haïku, sommes très conscients des changements climatiques et concernés. On est dans le vent en quelque sorte… parce qu’écrire sur un brin d’herbe c’est être engagé (pas enragé !)

On se baisse à hauteur de pâquerette et de grenouille, à l’affût du plus petit détail… 

La vie est toujours imprévisible, surtout en ce moment. Les poètes le savent et saisissent ces (ses) mouvements. Par exemple, nous avons vu comment l’absence d’avions ce printemps a fait ressortir les coucous, parfois ils étaient plusieurs à chanter à la fois. Ils me cassaient les oreilles, j’avoue ! 

Oui, il y a de l’espoir si, au lieu de rouler en voiture, on marche plus et on prend le temps d’écrire des petits poèmes qui se partagent: une activité belle, écologique et… gratuite. Vivre en poète est une façon moderne de vivre. En tout cas, moi j’essaie. J’ai la chance de vivre de ma poésie. 

*

Et « Cent haïkus pour la Paix »… Quels en sont les auteurs et comment en est venue l’idée ?

Pour Cent haïkus pour la Paix (qui est une réédition de 2015), nous avions sollicité des associations de poètes de haïkus du monde entier pour demander des textes qui parlent de la paix pratiquée, expérimentée (pas idéalisée !) : la paix dans la vie quotidienne, avec ses voisins, etc. Les petits détails capturés.

A la première édition, soutenue par le Conseil Départemental de la Somme et la Mission Centenaire, qui était déjà multilingue (français, espagnol, anglais, allemand, plus la version originale) a été ajoutée le japonais, langue originale du haïku. Il y a des estampes qui l’illustrent de l’artiste Sausen Mustafova.

*

Le choix de la traduction en plusieurs langues illustre donc bien la notion universelle de paix et de la dimension du premier conflit mondial, non ?

Les traductions sont l’occasion de découvrir les mentalités des autres cultures… Une expression française comme « Ah, avoir raison! » dans le haïku de Vincent Delfosse, Haïjin qui vit en Suisse :

Ah, avoir raison !
Je préfère de loin
regarder la lune

…n’existe pas en japonais, par exemple. La difficulté de la traduction (par Masashi Tsuchiya) montre l’écart des mentalités. On se pose alors des questions très intéressantes. Pourquoi est-ce que moi, je veux toujours avoir raison… ou pas ? C’était difficile aussi de traduire la troisième ligne parce que « Regarder la lune », aujourd’hui pour les Japonais, est un passe temps un peu ridicule aussi, après tous ces haïkus écrits sur elle !

Dans Cent haïkus pour la paix il y a un célèbre haïku de Bashô :

Ah! Herbes d’été
Tout ce qui reste
des rêves des guerriers!

Quand je me promène sur les falaises de la Somme et que je vois des herbes couchées au vent… je pense à ce haïku et à tout le sang versé de tous ces milliers (deux millions !) de jeunes, qui au début du siècle dernier, n’avaient rien demandé. 

La vie est précieuse et c’est la meilleure chose à transmettre…

La belle vie pour moi c’est pencher du côté de la vie, se protéger des influences néfastes des fausses rumeurs, d’une certaine violence, que l’on peut essayer d’éviter… Et respirer le bon air qui nous est donné, qui m’est donné, encore quelques années, j’espère !

Les poètes japonais étaient souvent très pauvres (Issa) ou alors très malades (Shiki) et ça ne les empêchait pas de savourer certains instants avec humour… 

Même enfermés, ces derniers temps, on pouvait regarder les nuages par la fenêtre ou le mouvement et le bruit d’une abeille rentrée dans la maison… 

Et voilà que je finis de taper ces lignes et j’entends la grenouille de la mare de Plouy Saint-Lucien qui acquiesce-coasse…

isabel Asunsolo, ce 20 mai 20

Billet de l'éditrice du 27.05.2020

L’iroli fête ses 15 ans !

 

La Maison d’édition de mes rêves…

Une étudiante m’a demandé quelle est la maison d’édition de mes rêves…

La maison d’édition qui me fait rêver n’a pas deux livres pareils, deux formats identiques, ni deux collections. Même pas une !

La maison d’édition qui me fait rêver a les fenêtres ouvertes pour écouter les arbres, la petite flûte du crapaud et les accents du monde entier.

La maison d’édition qui me fait rêver est penchée sur une mare où le ciel se lève. Et le saule balaye les rayons de soleil…

La maison d’édition de mes rêves est bruissante d’abeilles, les papillons blancs rentrent pour dicter leurs poèmes.

Elle a un jardin, des artichauts bleus, plus de feuilles que de fleurs, un potager aux lignes pas droites…

Elle a des lettres plein la boîte, des nids d’hirondelles, des hérissons et, les nuits de lune d’avril, une grenouille qui plonge.

La maison de mes rêves est ma maison !

Je remercie mes auteurs pour ce bout de chemin tellement agréable, leur patience et leur amitié. Et je remercie aussi les trois stagiaires du solstice d’été qui vient : Emilie, Anaïs et Salomé. Elles vont m’aider à préparer avec plaisir les projets de l’automne !

isabel Asunsolo, mi-mai 2020

Billet de l'éditrice du 25.05.2020

Clic ou pas clic ?

 

Clic ou pas clic ?

J’ai la chance d’avoir un potager. Je suis en train de l’agrandir en respectant la forme rectangulaire (qui rappelle… quoi déjà ?) Je viens de transplanter des fraisiers rescapés, ils ont bien pris. J’ai respecté les mardis de mars sans travailler parce que le calendrier et ma fille disaient : noeud lunaire.

Ce matin, je désherbe autour des artichauts. Quatre beaux plants déploient leurs feuilles-fontaine dentelées. Sur les quatre, j’en ai planté deux, les autres ont germé tout seuls, d’une graine. Je n’ai encore jamais mangé d’artichauts de mon potager, je les laisse s’épanouir à cause de la couleur, bleu violine, des fleurs… et des poèmes qu’ils donneront.

Mes stagiaires de l’année, si elles viennent d’ici l’été, ce que j’espère, auront peut-être le plaisir de les voir. Le potager les attend et les projets éditoriaux aussi. Puisque tout se mêle…

Vais-je devoir, à partir de maintenant, avoir un potager rentable ? (Que rinda?). Comme l’édition de poésie rentable, une chose pareille serait-elle possible ? Heureusement, le compost est très riche cette année. Je crois que c’est à cause du livre Un Haïku pour le climat que j’avais mis à décomposer dedans. Le fait est que ça a marché, et ça me donne encore matière à réflexion.

Sur ce bon terreau, j’ai mis des épinards, des choux rouges (très belle couleur parme) et des salades achetés in extremis au marché de Beauvais samedi dernier. J’ai aussi planté des petits oignons rouges trouvés à l’épicier turc de la Soie Vauban. Si tout va bien : un petit oignon donnera un grand oignon ! La rentabilité viendra alors du plaisir que j’aurai à les récolter, du temps que j’aurais passé à les arroser, des tranches très fines translucides et bicolores que je ferai, attentivement, avec mon couteau japonais bien aiguisé.

Pour les protéger du vent d’est très froid, je mets sur mes petites salades, un grand drap, la nuit : celui qui me sert de nappe pour les salons du livre. Eh oui, les sillons et les lignes se mélangent. Je bîne un peu puis hop… je reviens écrire à la main dans mon cahier… puis hop, je retourne un coup dehors où le ciel est très bleu, ce ciel dont parlait le poète Antonio Machado sur le bout de papier retrouvé dans la poche de son manteau après sa mort :

Esos días azules 
y ese sol de la infancia
(ces jours bleus, ce soleil de l’enfance)

En enlevant les racines qui se mêlent à la terre, je pense très fort à mon frère Miguel, mon petit frère infirmier de 50 ans qui lutte contre le virus, à l’hôpital à Madrid.

Alors clic ou pas ? Je veux de la page de papier ou de la page potager. Je veux toucher, humer, suivre le bord des pages et les tourner. Feuilleter, retourner la terre, peut-être même retourner à la terre. Les auteurs envoient leurs manuscrits par internet, lisent sur écran et ils voudraient des livres de papier. Alors…

Le soir vous débranchez-vous ? Regardez-vous les branches ? Même par les fenêtres, on peut les voir. Il suffit de les ouvrir. Et même, fenêtres fermées, on peut voir les arbres, entendre les oiseaux. Prêtez-vous attention ? Toute la question est là.

Bonne surprise, la pivoine que je croyais évaporée pousse ses griffes rousses dans l’herbe. J’en ai écrasé quelques unes avec mes bottes. Je viens de libérer celles qui restent. Tout est donc possible, ouf. Eteindre les écrans, allumer les yeux… Ouvrir les livres !

Mon frère Miguel vient de sortir de l’hôpital de Madrid. Il envoie une petite vidéo et j’ai bien sûr cliqué tout de suite pour la voir : Il neigeait par sa fenêtre. 

isabel Asúnsolo, 
Plouy-Saint-Lucien
samedi 28 et mardi 31 mars 2020

Billet de l'éditrice du 17.04.2020

Leçon de Haïku

 


Leçon de haïku
… qui vous intéressera peut-être pour écrire avec vos enfants à la maison ? C’est la lettre que j’ai écrite à la main aux élèves de 6ème de Caroline Fouet du Collège Sagebien d’Amiens, en février dernier… Je la recopie ce dernier jour de mars pour vous.

EPSON MFP image

Plouy Saint-Lucien, le 16 février 2020

Bonjour les Elèves !

J’espère que vous avez passé de bonnes vacances de février… C’était un temps étrange, avec des changements brusques : vent, grêle (et grésil), rayons de soleil et même un peu de neige (chez moi ce matin à l’aube) !

J’habite au bord de la mare de Plouy Saint-Lucien, et il s’y passe des choses. Les poules d’eau ont commencé à se cour(ti)ser l’une l’autre… ça ne m’étonnerait pas de voir des petits de poule d’eau dans un mois !

Que vous soyez 6ème Murail ou 6ème Ségur, vous avez dû faire des observations (sur les oiseaux, ou sur les aliments, c’était votre travail d’attention de vacances)… Par exemple moi, samedi 15 février, j’ai vu dans un rucher près de ma maison, les abeilles au travail. Les abeilles m’intéressent beaucoup en ce moment : nous allons avoir des ruches bientôt et depuis septembre, je suis une formation apicole.

Pour écrire un haïku avec « ça », j’ai un peu triché (d’un jour !) pour la 1ère ligne :

La Saint-Valentin
Plaisir de voir les abeilles
chargées de pollen !

J’ai vu les petites boules de pollen sur leurs pattes et je pense que c’était du pollen des chatons de noisetier… Vous les avez sans doute vus, longs et jaunes, à l’orée de la forêt ? (j’ai fait un dessin mais il est raté)…

Donc, pour vos haïkus, voilà mes conseils :

– une ligne (la première ou la troisième) sur la SAISON, ou la date, ou une fête…
– les deux autres lignes, avec VOTRE observation. Et, si possible, la 3ème ligne doit surprendre un peu. Souvent, un contraste (connaissez-vous ce mot ?) est une bonne chose pour créer une « étincelle ».

Exemple de haïku :

Un oignon germé
dans le panier de patates
80 printemps !

C’est Paquita, ma maman qui vit à Madrid, qui l’a écrit. Elle a voulu dire sa surprise de dire ceci : une tache verte au milieu des autres, plus ternes. Voilà le genre de choses que vous pouvez trouver chez vous.

EPSON MFP image

Voilà le haïku : UN détail qui vous cause de l’émotion.

Par exemple moi, à l’instant, je viens de voir par la fenêtre, traversant la place sur la neige mince… un écureuil ! J’étais au téléphone avec une amie poète, Chipèk, qui habite l’Ile de la Réunion.

Quel haïku écrirai-je aujourd’hui ? Quels mots et ingrédients vais-je choisir ?… ET VOUS ?

A suivre, écrivez bien. Je vous embrasse fort !

isabel
PS : Répondez-moi par lettre postaaale !

Billet de l'éditrice du 31.03.2020

Je me distribue moi-même

 

Je me distribue moi-même

Une commande matinale dans ma boîte mail me réjouit. Comment est-elle arrivée là ? Celles d’Alizé-SFL arrivent à 3h 20 exactement et sont pour moi une magie. 

Qui a travaillé pendant la nuit ? Qui demande ces livres ? Où vont-ils ? Vers une plate-forme, un entrepôt, un lieu où l’on travaille avec des élévateurs, des casques, des chaussures de protection pour acheminer tous ces livres vers les points de vente, les lecteurs ? 

Parfois c’est un libraire qui envoie une commande la nuit ou le dimanche, comme La Palpitante de Mens… Amusant car c’est à Mens (en Isère) que j’ai fait mes premiers stages agricoles, j’avais quinze ans et je voulais devenir fermière.

Je ne me pose pas assez de questions. Je préfère répondre « présente », obéir à la magie. Pourtant, je ne suis pas quelqu’un d’obéissant. C’est pour cela que j’ai choisi ce métier : pour décider ce que je fais chaque jour et la façon de faire, ou à peu près…

Mais aux commandes j’obéis ! Au point de m’en occuper immédiatement. 

Je commence par nourrir le fichier des ventes, et j’en profite pour vérifier les paiements (parfois il faut rappeler les libraires, futur.e.s stagiaires vous aurez à le faire aussi)… 

Ensuite, j’émets, la facture : le numéro, la date, le numéro de la commande, la remise, l’échéance. Et je joins un mot. En janvier j’écrivais « Bonne année les libraires ! », en février « Bonne Chandeleur aux lecteurs »… 

Enfin je fais le paquet, car « je me distribue moi-même », comme on dit. Vu le temps que je mets à soigner les quatre coins du livre avec des chutes de papier on peut dire, en effet, que j’y mets, j’émets de moi-même… Et quand un de mes cheveux colle au scotch, je ne l’enlève pas.

Vient le tour de l’enveloppe, taillée sur mesure. Pour écrire l’adresse, je choisis le stylo, la couleur, j’ajoute parfois un dessin selon le nom de la librairie et mon humeur du jour. A chaque paquet que je fais, je me dis que c’est la vie exacte que je me suis choisie, que je ne veux rien faire d’autre. : une vie d’éditrice-poète, qui ne cesse de m’étonner et me donne de la joie. 

Parfois le paquet revient, comme celui-ci en haut. L’adresse était pourtant la bonne mais les chiffres ont été tracés « à la française », je vais donc recommencer…

Pour l’étranger, il y a heureusement le tarif Livres & Brochures, inexistant pour la France. Avec l’association des éditeurs des Hauts-de-France, nous allons nous mobiliser pour que ça change.

isabel

Billet de l'éditrice du 24.02.2020

Cactus & Auteurs

 

Cactus & Auteurs

Jolis nuages du couchant. Je suis assise dans la petite véranda avec mes plantes. Je les ai toutes rentrées car le thermomètre va bientôt flirter avec le 0.

Elles sont contentes, les plantes, toutes lustrées de pluie.

Il faut voir comment Nils me parlait l’autre jour de son roman, de la pluie dans son roman. Quel sérieux il avait, avec sa dent du bas manquante, cet auteur de 12 ans. Nils est l’élève de Claire, auteure* de L’iroli, qui m’a fait venir dans sa classe. La chance.

Je regarde mes plantes, certaines ont morflé avec les intempéries. La Canarienne c’est cassé un bras, carrément. Pour le moment, j’ai posé le bras quelque part, on verra bien s’il trouve une solution et prend racine. Les plantes de l’amitié exultent, dodues. Si j’allais faire écrire en prison, je donnerais des boutures aux détenus, en plus de mots.

L’aloé de mon fils Pierre s’étire en étoile, envahit le passage. Les kalanchoés préparent leurs fleurs mauves perchées, africaines aristocrates. Les petites je-ne-sais-quoi multiplient leurs rosaces et me rappellent les vacances en Espagne, au temps hippy.

Il y a le cactus de Murla qui fait de tendres rejetons à croire qu’il a oublié qu’il est une cactée féroce qui avait planté son épine dans mon pouce, en septembre dernier.

La pita de Paquita (la Paquipita) bicolore ramenée d’une tranchée de la Dehesa de la Villa est belle : à la surface bleutée poudrée de la future feuille on peut lire la trace des épines de la dernière feuille déroulée.

Des sédums s’épanchent, fleurissent. Un drôle d’oiseau fractal (son nom?) poursuit sa croissance animale.

Sur la rondeur d’un cactus prélevé dans une colonie qui prenait le soleil dans un creux sableux du Pardo, en décembre 2018, un bourgeon s’annonce sur la ligne de crête de la couronne d’épines. J’aime la lenteur des cactus.

Gabriel Matzneff sera jugé pour son Journal, pas pour ses romans. Parce que l’on considère que le premier n’est pas de la littérature ?… Je ne comprends pas un éditeur qui abandonne ses auteurs.

Je pense aux miens, à mes auteurs. Au bout de 15 ans de L’iroli, vous me remplissez de joie et d’amitié. Un plaisir aussi grand que les petites plantes que je cultive. Non, je ne vous laisserai pas tomber ni retirerai vos livres de la vente quoi que vous écriviviez !

A vous, cactus, auteurs et amis…

Bon printemps à venir !

Si j’étais un arbre…
Je s’rais Prunus accolade
pour vous enlacer

(haïku-portrait chinois, écrit collectivement ce 31 janvier 2020, au collège Cabrini de Nogent-sur-Marne)

* A l’étouffée, de Claire Blanchard-Thomasset, livre de fragments culinaires que je vous recommande très chaleureusement.

Billet de l'éditrice du 06.02.2020

Ni femme ni homme… Poète ?

 

Ni femme ni autrice…

Je suis désolée, « mes sœurs »,
Mais je ne me sens pas femme « dans mon intérieur »,
Dans mon intérieur (dans mon intérieure?), depuis que j’existe,
j’entends une voix grave.
Une voix forte, et calme, que j’ai longtemps prise… pour celle d’un homme.(Etais-je un homme ? Avais-je un homme à l’intérieur?)

Je ne me sens pas femme, je ne me sens pas homme.
Je me sens Mésange, Belette, Méduse. Peut-être même poète !
Je crois que je vis, vivante je suis, et que parfois j’écris.
Parfois je parle et m’enroue, d’autres je roule libre,
M’entête, tourne le dos au monde, m’arrête…
Puis continue cahin-cahot, sur ce chemin appelé vie.

Mon corps de femme ne suffit pas à faire de moi, je crois,
un être spécial.
Pas plus que si j’avais quelques ocelles en plus, une aile en moins.
Je suis un être vivant, appelé moi !
Et je ne connais que TOI, voisin, voisine,
Et toi, rouge-gorge à la fenêtre de ma cuisine…
Et toi : saule, soleil levant, solitaire et lune.

Je ne vois qu’un pas : ton pas, sur le sable…
Homme et femme, je te suis !

Et je TE souhaite une BELLE NOUVELLE ANNEE, un FELIZ AÑO.
Qui quoi où que TU sois…


Violon de l’an neuf
En te serrant dans les bras je serre
le monde entier

isabel Asunsolo, le 6 janvier 2020

Billet de l'éditrice du 06.01.2020

ISSY, LE JAPON…

 

Issy, le Japon…

Il était temps, il est temps que je donne des nouvelles de l’automne de L’iroli… avant qu’il ne devienne hiver et qu’il n’y ait plus une seule feuille au saule de la mare ! Début décembre, nous étions au 3ème Salon du haïku d’Issy-les-Moulineaux. Des gens d’Issy sont venus découvrir le court poème et les gens (éditeurs, auteurs, organisateurs…) qui le font vivre. La beauté de mon poème préféré, je vous la livre ici, dans ce haïku d’Issekiro (1894-1961) :

Je lève la tête
l’arbre que j’abats
comme il est calme !*

Tout ce qui ce qui se passe, le bruit de la scie, le quejido (plainte) de l’arbre, le bruissement des branches habitées, la surprise des oiseaux, le silence, le grondement dans le coeur du bûcheron… se retrouve concentré dans une poignée de syllabes. Au lecteurs de se faire le dessin, de laisser résonner le poème.

Avant Issy, il y eut le Japon. J’ai pu faire la connaissance du poète Ryu Yotsuya, auteur Des herbes m’appellent (publié en 2013, toujours disponible) que je ne connaissais pas « en vrai » mais que j’avais l’impression de retrouver… Comme dans une forêt amie où l’on n’aurait pas besoin de parler, on se sent bien avec les poètes.

Il y a eu aussi, cette semaine, la réédition de Cent haïkus pour la Paix. Beau livre multilingue où les auteur.e.s donnent leur vision d’une paix praticable, expérimentée avec leurs voisins et leurs proches. Bien loin des idées de paix et des belles paroles. La version japonaise a été ajoutée. Merci à Masashi Tsuchiya.

Le Japon, c’était aussi, dans la montagne et en ville, cette odeur particulière…

Retour du Japon
me souviendrai-je du parfum
des karamatsu** ?

Devant le théâtre de kabuki, Tôkyô, avec Ryu Yotsuya et Eric Hellal

* in Anthologie du poème court japonais, Gallimard (trad. Corinne Atlan et Zeno Bianu).

* Larix kaempferi, mélèze japonais, littéralement « pin vide » car il perd ses aiguilles.

Bonne fin d’année à tous ! Et que la prochaine soit remplie de belles choses !

isabel Asunsolo

Billet de l'éditrice du 13.12.2019

Avec l’hirondeau, rentrez bien !

 

De la rose trémière
d’un coup le bourdon décolle
… en bourdonnant !

C’est quelque chose que j’aimerais montrer : le bourdon embusqué dans la rose trémière rose, bourdon dodu de l’aube, en silence complet et soudain… le boucan de son bourdonnement inespéré. Cette chose toute bête qui rappelle que les bourdons, il n’y en a plus tellement. Et que l’expression avoir le bourdon ne reflète pas du tout la réalité… Aaaah, les dictons, les phrases toutes faites…

Car les bourdons sont beaux et ne filent pas du tout le cafard !

Et tu as des petits-enfants, me demande ma voisine de l’autre côté de la mare ? car j’ai entendu un rire d’enfant du côté de chez toi…

Euh non, pas encore, mais j’aimerais bien. Pour lui montrer les bourdons, l’abeille charpentière qui est venue (son beau noir bleuté) ce matin sur les fleurs du petit citronnier…

Et aussi pour lui montrer les trois hirondeaux du garage. Leurs yeux sont bien ouverts (on dirait des pokémon), ils ne me tournent pas le dos quand je leur parle, ils connaissent ma voix.

Depuis quelques jours le dessin de leur bouche s’est fait plus discret, la preuve qu’ils pourraient commencer à se nourrir tout seuls. Mais les admirables parents viennent encore les nourrir et aussi les narguer en leur mettant une grosse mouche sous le nez ! (pas un bourdon, hein…)

Que espabilen, qu’ils se réveillent, non mais.

Avant-hier, petit susto (frayeur), un des trois avait disparu : il n’était plus sur le tuyau tout en haut du garage. Il était… voir photo en page d’accueil.

Bonne rentrée à tous ! Ou bonne sortie.

A L’iroli, voici les projets : on va ressortir Cent haïkus pour la paix, trop triste qu’il soit épuisé. Il sera augmenté de la version japonaise. Et je suis en train de traduire en français Kigo (de Seiko Ota et Elena Gallego, Eds Hiperión) dont nous avons acheté les droits. Plus d’autres choses tenues secrètes…

Ah, nous serons à la Fête de la Maison de la Poésie de Beuvry (Hauts de F.) dimanche 29 septembre après-midi. Paraît que le parc est très beau, et il fera beau. Car ce sera el veranillo de la San Miguel, la belle arrière-saison… un kigo (mot de saison du haïku) très espagnol.

A suivre donc, et à bientôt,

isabel

Billet de l'éditrice du 30.08.2019

DES HAÏKUS QUI TAPENT

 

DES HAÏKUS QUI TAPENT

Je me demandais pourquoi certains haïkus en français passent au-dessus de moi sans me faire de l’effet alors que d’autres me marquent particulièrement. Prenez ces deux lignes presque équivalentes du point de vue sémantique :

Le vol du héron / Le héron s’envole

La première s’imprime bien dans ma tête, m’ouvre les yeux, alors que la deuxième ne fait que m’effleurer… Pourquoi ? Si j’ai bien compris (sinon, merci de me le dire, ce serait la preuve que l’on me lit !), il y a une différence de scansion entre les deux types de mots, d’une part les mots qui donnent les rimes « masculines » comme : yeux, boudin, lilas, vin, fenouil, Agnès, cumulonimbus… Et, d’autre part, les mots accentués sur l’avant-dernière syllabe, ceux qui donnent les rimes « féminines » et qui finissent par des e muets : chatte, hirondelle, aubergine, vieille tulipe, mare, chaussette, sèche…

Les haïkus qui me marquent en français (en japonais c’est différent car il n’y a pas d’accent tonique) alternent les DEUX types de mots en fin de ligne. Ils sont donc masculins ET féminins, mâtinés… Comme dans cet exemple collectif écrit avec une classe de Nogent-sur-Oise, ville métissée par excellence :

Gros nuages lourds –
une grappe de glycine
de mon nez au tien

Et je ne suis pas prête de vous oublier, vous Collégiens qui découvriez en même temps la fleur, son nom et son… parfum.

isabel, ce 16 mai 2019

Billet de l'éditrice du

TRIOS…

 

TRIOS…

Ce deuxième matin du printemps 19, je suis en train de faire à la main des livrets avec les textes des CP d’Harbonnières (projet Les Chemins artistiques…). C’est le format TRIOS inventé par Carole Hanniet qui m’inspire : deux feuilles A4 pliées en 3 dans le sens paysage et agrafées… Du coup, je pense à mes amis Carole et Jean-Pierre, fondateurs des Adex, décédés en août et février dernier.

Pendant plus de dix ans, je suis allée une fois par mois dans leur maison de Rouville, près de la vallée de l’Automne. Le soleil était toujours là. Je les aidais à plier leurs livrets et à les agrafer. Il y avait, sur la grande table du salon, le travail à faire soigneusement préparé par Carole : des tas de feuilles imprimées, bien empilées et en ordre, le massicot, l’agrafeuse… Jean-Pierre était à son ordinateur, face à la baie vitrée qui donnait sur l’herbe et les merles. Lui recevait les textes, les participations, répondait aux auteurs, lisait des poèmes à voix haute. Que penses-tu de ça ? Il y avait du thé, dès mon arrivée, et aussi l’après-midi. Il faisait bon, ça sentait bon.

Le travail était agréable, il suffisait de prendre le rythme, de ne pas trop réfléchir. Avec un os plat, je pliais les feuilles trois fois, vite et bien. Puis j’agrafais. Il faut un minuscule décalage pour que l’agrafe tombe pile à la pliure, pas si facile avec la couverture cartonnée… Carole avait mis un « i » sur mon agrafeuse préférée. Elle disait que j’étais la meilleure des agrafeuses, avec sa voix sérieuse et moqueuse, son accent anglais…

A midi, on mangeait rapidement dans la cuisine quelque chose au four, une salade verte, un peu de fromage. Et un verre de vin pour Jean-Pierre et moi. On parlait un peu, de printemps des Poètes, du dernier concours, du prochain Salon, des auteurs, de la revue Expressions… Leurs toilettes étaient tapissées des affichettes avec les événements qu’ils organisaient à Montagny Sainte-Félicité. Pendant des années, Carole s’est occupée de la maquette de la revue, des appels à textes, de l’impression, des envois. Et du site internet, presque tous les jours, avant l’aube. Pour le concours Jeunes Poètes de l’Oise, elle faisait des montages, plastifiait des feuilles A3 pour les expositions qu’elle envoyait aux collèges… Sans parler des recueils qu’elle fabriquait, presque tous assemblés à la main, de je ne sais combien de poètes ! Comment c’était possible, tout ce travail. Bien sûr, ils étaient souvent aidés, par des membres de l’association, mais quand même. Ils ne sortaient pas prendre l’air, Jean-Pierre et Carole, n’allaient pas marcher dans le bosquet voisin. Sans s’en rendre compte, leurs petits-enfants ont grandi vite, et ils ont vieilli…

Jean-Pierre faisait une petite sieste après le déjeuner, moi parfois aussi. Carole non.

C’est grâce à Jean-Pierre et Carole, rencontrés au salon de Creil à l’automne 2003 que je me suis lancée dans l’aventure L’iroli… Ils m’ont inspirée, ils étaient comme mes parents dans le monde de l’édition de poésie. Je n’ai pas encore pleuré leur mort.

Je leur dois aussi ma rencontre avec le haïku, ce poème qui allait chambouler ma vie. Les Adex avaient organisé un salon de poésie à Chantilly, le dimanche 3 avril 2004. Ce jour-là, Les cerisiers étaient en fleurs, j’ai fait la connaissance de l’Association française de haïku et de son président de l’époque, D. Chipot. Il y avait aussi Thierry Cazals avec qui, 5 ans plus tard, nous publierions La Volière vide, épuisé depuis peu.

Le format TRIO est merveilleux, les feuilles se déploient et on peut s’amuser à créer la surprise entre les pages, dans les textes et les illustrations. Dans le cœur du livret, on peut dessiner à la main un paysage qui se poursuit d’un pan à l’autre : la falaise, un phare, la mer…

Toute à mes pensées
dans la rue des Philosophes
première hirondelle

(premier haïku du Trios d’isabel, Les Adex 2007)

Bon printemps à vous !

Billet de l'éditrice du 22.03.2019

L’éditrice qui composte et rêve…

 

L’éditrice qui composte et rêve…

Finalement, en tant qu’éditrice, j’agis-moi-même comme un compost.
Je reçois des manuscrits et je les digère et recycle à ma façon…
Ils passent par mon regard qui est un genre de pluie acide.

Comme des feuilles de chou rouge cirées et résistantes à la décomposition, certains manuscrits restent longtemps près de moi, et je les relis plusieurs fois.
D’autres, au contraire, disparaissent dans mon tas d’humus et hétéroclite à peine lus. Ils se délitent vite à la façon des pelures d’oignon : si légères qu’elles semblent se dissoudre sur la surface sombre de la terre.
Est-ce que lettre et litière ont la même origine ?
Parfois elles semblent avoir un avenir commun.

Dans mon compost, un noyau inconnu a donné un petit nectarinier vigoureux il y a quelques printemps.
Combien de noyaux de nectarine éparpillés sur la terre donneront un nectarinier ? Un sur cent ? Un sur mille ? Autant peut-être que de manuscrits donneront un livre.
Les livres naissent, vivent et meurent. On dit alors qu’ils sont épuisés.
Le compost, lui, n’est jamais épuisé avec toute cette vie grouillante à l’intérieur…
Moi, l’éditrice, je ne suis pas épuisée mais reste prudente.
Comme il y a beaucoup (trop ?) de livres, ne me faut-il pas être encore plus sélective à l’avenir ?
Je rêve de devenir un compost très concentré. Un compost zéro déchet !

Notre dernier livre, lui, est recouvert par les feuilles. J’aimerais qu’il le soit bientôt par la neige.
Qu’est-ce que cela donnera au printemps de la Poésie ? Toutes les surprises sont possibles, les paris aussi. (vous pouvez m’écrire à editionsliroli@yahoo.fr, si jamais vous avez envie, si jamais vous lisez ceci).
Je vous souhaite d’être bien cette année ! isabel

Signe de l’hiver ?
Arabesques des écorces
de l’arbre inconnu

(haïku écrit avec Paul et des mots de la francophonie 2019, au collège de Gamaches ce 8 janvier)


Billet de l'éditrice du 09.01.2019

Suite du COMPOST-TEST…

 

 BIODEGRADABLE, NOTRE LIVRE ?

A ceux et celles qui ont suivi nos aventures avec Un haïku pour le climat voici ce qui s’est passé cet extraordinaire printemps vingt : au jardin L’iroli, nos choux n’ont jamais été aussi joufflus, nos radis aussi hardis, nos épinards aussi fournis. Nous pensions que c’était dû au confinement, les avions ne faisaient plus pipi sur nos artichauts… Eh bien non, il s’agissait bien du COMPOST NOURRI DES EXEMPLAIRES ABÎMES de notre livre écologique et non verni spécialement préparé par notre imprimeur Pulsio. Merci à lui et à nos auteurs aussi.
Oui, les haïkus naissent dans les choux et l’inverse est vrai aussi !
Bon été qui vient d’arriver à tout le monde de la part de notre équipe de Plouy Saint-Lucien (photo de l’éditrice ce mois de juin par Pierre Dulac).

*

Retour en arrière…

Ce 18 mars 19, dans le tas de compost, le petit nectarinier né d’un noyau voyageur a fleuri. Un haïku pour le climat attend de germer dessous. Bon printemps à tout le monde !

*

19 décembre.
J’ai pu ouvrir Un haïku pour le climat. Samedi dernier, le livre était un bloc de glace. Je suis tombée sur… cliquez sur la photo.
La température a remonté au point que la mare de Plouy a gelé et dégelé en seulement 48 heures. Cela convient aux canards (un col-vert et deux canes) qui se promenaient cet après-midi sur la place du hameau.
J’ai profité de la douceur pour ratisser les feuilles et faire un peu de ménage dans le jardin. Un gros artichaut qui avait tenu bon s’est retrouvé parmi les feuilles mortes… Ma voisine est passée pour me dire que c’est aujourd’hui l’anniversaire de sa petite-fille Rose. J’avais justement remarqué une rose rouge en train de s’ouvrir ! A suivre, isabel

Ratissant les feuilles
Une petite voix dit :
Tu ne peux pas plaire à tout le monde

*

3 décembre.
Après deux jours de pluie, la couverture du livre et son rabat rouge ont disparu. Est-ce l’oeuvre de Cendrée, la compagne de feue Cayenne (et notre seule poule désormais…) ? Dans un haïku, on peut poser des questions mais on y répond rarement.
Je ne distingue plus du tout les petits tournesols sur leur tige et le demi-pamplemousse, à droite au-dessus de la feuille de chou rouge, est presque invisible.
Feuilles de bouleau, de poireau, de salade, de sauge et de lierre…  et voici une petite intruse décorative venue de l’intérieur : une feuille bicolore de misère au joli  nom latin Tradescantia zebrina. J’aurais pu en faire une bouture mais la maison déborde de plantes. Survivra-t-elle au gel ? A voir. Bon décembre à tout le monde. isabel

*

28novembre.
Il a plu toute la nuit, de belles rasades. Je ne suis pas allée ce matin voir le tas de compost et notre livre… J’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer mais j’attendais un peu parce que je sais que vous êtes sensibles comme moi. La poule Cayenne, qui allait partout dans le jardin, le compost, et rentrait dans mes haïkus aussi, est morte, paisiblement dans l’abri où elle pondait ses petits oeufs. Sur la photo, fin août dernier, elle est encore vivante, sous le bouleau. Il était tombé une petite pluie et elle se rafraîchissait… Où vont les petites poules quand elle sont mortes ? A suivre… Bonne journée à tout le monde.

24-26 novembre 2018…
Après douze jours sans prendre de photo du compost, me revoici. Il faut dire que je suis un peu débordée par la situation et les suites de la parution d’Un haïku pour le climat, la chute des feuilles de bouleau, le boulot d’éditrice… Tout se mêle en ce moment dans ma vie, tout se superpose, décompose et dérive avec l’automne… Tout se tient.
Et pourquoi donc est-ce que mon téléphone prend maintenant les photos à l’envers ? Mystère. Notre livre avec son rabat rouge se retrouve, selon les langues : cul-par-dessus-tête, up side down, patas arriba. Nouveauté atour : les belles et longues peaux de poireaux nous rappellent que notre ami Roger a gardé la maison pendant notre absence, il nous a préparé une bonne soupe pour notre retour de Lyon (AG de l’Association francophone de haïku. Après 9 ans, je ne suis plus administratrice, je veux alléger les choses, diminuer le tas)…
Vous me direz que les lambeaux de poireau, d’accord, mais que vient faire là (zoomez donc à droite) ce code barres ?! Une erreur grossière, issue d’un filet de citrons, je crois… Mais le filet a servi, lui, a mettre la boule de margarine-pipas pour les mésanges à la fenêre de L’iroli…
Autre détail : la branche de sauge au milieu. Je l’ai ramenée de l’école d’Harbonnières. J’avais réparti des feuilles à chaque enfant pour humer et écrire.
Au fait, humer et humus ont-ils la même racine ? A suivre. isabel

*

Je ne résiste pas à vous envoyer cette photo prise lundi 12 novembre à midi. Le tas de compost se trouve au fond à droite, sous le bouleau et le petit laurier, entre mur et grillage. Le momiji (Acer japonica) au milieu a perdu presque toutes ses feuilles rouges… Le chrysanthèmes (éclos le 1er novembre !) sont aussi jaunes que les dernières feuilles du petit prunier. En parlant de jaune, voici ce que nous avons écrit hier en atelier avec la classe de CE2 (classe de Maxime Faucheux) d’Harbonnières :

Mardi de novembre –
Les balles jaunes rebondissent
les pommes aussi ?

*

JOURS 7 et 8. Nous sommes mercredi 14 novembre.
Les photos sont moins bonnes, un peu floues, mais le temps est moins bon aussi. Ce matin, du brouillard carrément recouvre tout. Peut-être que le soleil est derrière. Sur la photo de gauche, la drôle de flèche-brindille s’est placée toute seule. Aujourd’hui, sur la page de faux titre, une demi noix que Cayenne a dû envoyer valdinguer. Ce qui me surprend, c’est le bon état de la petite feuille de pêcher, en forme de virgule. Un petit pêcher pousse un peu plus loin sur le compost (Voir ma parole d’éditrice Magique compost) mais il n’a plus aucune feuille. Comme quoi, le compost ne ferait pas que décomposer… Conserverait-il aussi ? Les feuilles de chou rouge tiennent moins bien qu’espéré. Et moi je continue à poster des livres et vous souhaite une bonne journée !

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JOUR 6, lundi 12 novembre.
Je vous avais annoncé une photo pour aujourd’hui mais j’avoue que je ne suis pas trop tentée d’aller voir notre livre qui a passé le 11 novembre « tombé » (tumbado en espagnol) sous les éléments… sur le compost-tranchée où tout ce mélange, le vivant et le mort. Ce sera pour demain. Je vous souhaite une bonne semaine. Demain soir je serai pleine d’énergie après avoir passée la journée avec des écoliers d’Harbonnières, dans la Somme. isabel.

*

JOUR 5, dimanche 11 novembre 2018.
Il pleut sur le tas de compost. Je suis allée voir notre livre, les pages commencent à devenir translucides et on peut lire à travers. Une brindille du bouleau tombée sur la page du faux titre dessine une flèche. Ce qui m’a étonnée le plus est l’affadissement de la moitié du pamplemousse dessus (demain je prendrai une photo). Aujourd’hui, par hasard, je suis tombée sur ce haïku du livre qui résonne d’une façon particulièrement émouvante ce 11 novembre :

une feuille tombe de l’arbre
les émotions reviennent
la haine m’échappe

Cherifa Abdeli, 10 ans, Ecole Michelet de Roubaix (Un Haïku pour le climat)

Ce haïku d’enfant n’a pas été sélectionné par le jury du concours mais j’ai voulu le rattraper. Voilà ce que j’aime de mon métier : cette liberté. La troisième ligne ne cesse de virevolter dans ma tête.

*

JOUR 4, samedi 10 novembre 2018.
Comme je ne retrouve pas mon téléphone portable qui me permet de prendre des photos, je vous raconte : il a plu presque toute la nuit, le vent a soufflé fort et, ce matin, le livre entrouvert montrait à nouveau son rabat rouge, comme au JOUR 2. Je me suis demandé si les pages commençaient à fondre, si elles se soudaient entre elles, si l’encre filait… J’ai pensé aussi : mon rôle d’éditrice ne ressemblerait-il pas à celui du compost ? Je vais réfléchir là-dessus. A demain.

*

 JOUR TROIS, 9 novembre.
Le papier commence à devenir fragile sous l’effet de la pluie. Les premières taches sont apparues. Mais les puristes ne se sont pas encore plaints : Quoi, des agrumes dans le compost ! Je suis aussi curieuse de ce que va devenir le demi pamplemousse. Cliquez sur la photo : le pied de tournesol à gauche, qui est une repousse d’un tournesol étêté (que je suis allée déterrer dans un champ au bord de la N31 en septembre) continue sa transformation… Les feuilles de chou rouge, cirées, dureront-elles plus longtemps que la couverture du livre ?

*

JOUR DEUX, 8 novembre.
Il a plu une grande partie de la journée hier mais, ce matin, le baromètre a bien remonté et voici le soleil. Le rabat rouge n’est plus visible, la couverture non plus. Quelques pages sont cornées, une brindille est rentrée… Je ne touche à rien. Je continue à déverser des épluchures dans le compost mais sans toucher au livre pour le moment.

*

JOUR UN, 7 novembre.
Après la nuit, je m’approche du compost et découvre ceci : la pluie a tourné les pages du livre. On ne voit plus le titre mais le beau rabat rouge apparaît.

*

JOUR ZERO, 6 novembre 2018.
J’ai posé le livre sur le tas de compost. Il fait beau dans le hameau. Les poules Cayenne et Cendrée tournent autour mais ne touchent pas Un Haïku pour le climat, ne le picorent pas. Le soir, il commence à pleuvoir doucement et je ne peux pas m’empêcher de penser que j’ai laissé… mon enfant dehors ! Mais je n’ai plus d’enfant à la maison.

Je suis intéressée, comme vous et moi, par l’avenir du livre en général et par celui-ci en particulier. Un haïku pour le climat n’a aucun pelliculage ni vernis. Il a une une peau si fragile qu’on dirait presque un être vivant… Je veux savoir ce qu’un livre devient dans le compost. Cette expérience va se poursuivre tout l’automne, jour après jour.
(J’ai changé l’ordre des photos : antichronologique c’est mieux.)

Billet de l'éditrice du 09.12.2018

ERRATUM

 

ERRATUM

Pas de chance, sur quelque 400 tercets publiés dans notre dernier livre Un haïku pour le climat*, une erreur s’est glissée dans un haïku…

Page 90, au lieu de :

un épais brouillard rase
les champs enneigés
qui fument, qui fument

.

Il faut lire, en 17 syllabes au lieu de 16 :

un épais brouillard
rase les champs enneigés
qui fument, qui fument

En effet, par le jeu des e muets, lorsqu’une syllabe glisse d’une ligne à l’autre, le nombre total des syllabes se trouve modifié. Ici, « rase » compte pour une syllabe en fin de vers, mais deux en début de vers… Cela est spécialement fâcheux dans le cas des haïkus réguliers…

Que la talentueuse Haïjin Diane Descôteaux, auteur.e du haïku soit remerciée pour son indulgence.

* coédition L’iroli, AFH, CLER- Réseau pour la Transition énergétique.

isabel Asúnsolo, éditrice

Billet de l'éditrice du 27.11.2018

Les jours en font…

 

Les jours en font…

 

Je voulais vous donner des nouvelles, de L’iroli, de l’entreprise. L’année commencée, l’année continuait… En janvier, c’était la rentrée… la rentrée de janvier. Elle fut tristement avec la disparition (quel mot, j’l’aime pas du tout, d’ailleurs il est faux, il est faux parce qu’idiot, en tion, etc…) d’Odile Bonneel, amie de la Poésie, amie des haïkus et amie de nous !

En février, je voulais vous donner des nouvelles du printemps et j’en avais même dressé la liste, un calendrier du printemps bien ordonné : premières feuilles d’arum perçant dans le sous-bois, chatons de noisetier fluo, bourgeons de sureau…
Mais ce premier mars : sur la mare neige et glace !
Mais ce premier mars : neige et glace sur la mare !

(Qu’est-ce qui est mieux ? Faisons des rimes, chantons, réveillons-nous !)

Nous veillons, nous, dans le hameau de Plouy, à ce que le trou dans l’eau pour les canards ne se referme (pas ?). D’ailleurs, à l’instant, je vois passer mon voisin Guy avec une casserole remplie d’eau chaude… Les poules d’eau, elles, marchent sur l’eau avec leurs grandes pattes. On dirait des femmes japonaises. La comparaison n’est pas autorisée dans le haïku. On s’en fout ! J’avais écrit Une révolution est en marche mais je viens de l’effacer car mes nombreux flowowers pourraient m’accuser de faire de la politique. Au fait, les quatre poules d’eau ont toutes maintenant le bec bien rouge, signes qu’elles sont adultes. La suite risque d’être intéressante !

Tout à l’heure j’ai lancé un tas de margarine par la fenêtre : la merlette s’est mise à la gober, par petits paquets. J’aime bien voir les restes de margarine collés sur le bec.

Cet après-midi je vais à la médiathèque de Bailleval pour un « mime-haïku » avec des 2-3 ans, pour Hauts les livres ! ça tombe bien parce que je suis afónica total !
Ne me demandez pas comment est-ce qu’on fait un mime-haïku Je n’en sais rien Je mène une vie de poète Heureusement j’invente tout ce qui est possible d’inventer J’ai beaucoup de chance Je sais Je ne vais pas changer de travail et de vie de sitôt aussi tôt.

Ce premier mars, aussi, à L’iroli, nous attendons de savoir le verdict du jury du prix Lire et faire Lire. Si nous gagne-ions, il faudrait épuiser le livre presque imprimé. Je voulais dire le contraire, pardon.

Nous ne sommes pas épuisés, nous, même par moins huit ! Voyez donc l’annonce recherchant des stagiaires Edition & Woofing, voir ici : Stage_Liroli_2018 pour le printemps prochain (car j’y crois hi hi). Ils ou elles nous aideront à préparer la maquette de notre futur livre sur le climat. C’est un partenariat, etc.

Les jours en font comme disait ma grand-mère (française).
Elle voulait dire qu’ils augmentent. Pas en nombre, mais noon : en taille !
J’espère que vous allez le mieux possible ce jour de mars premier.
Nous nous verrons peut-être. Les 16-19 à Paris, le dix à Amiens ?

Un haïku (à moustaches) ne saurait manquer pour démarrer le mois et finir ces maladroites lignes. Anecdote bien sûr vécue. La mignonne à la naricilla pointue était rentrée dans la maison pour fuir le froid, ay… Il a fallu la remettre dehors dans le froid car… la chatte Geisha… ay, ay, ay !…

deux jolies filles
pourchassent une musaraigne…

 

La dernière ligne est à trouver, comme d’habitude. Je ne vais pas faire tout le travail.
A suivre !

isabel

Billet de l'éditrice du 01.03.2018

BONNE ANNÉÉÉÉÉ

 

VOICI 2018

Billet de l'éditrice du 21.01.2018

La rentrée, enfin !

 

La rentrée, enfin !

Il est grand temps, il serait de bon ton… que je donne de mes nouvelles sur ce genre de blog. Déjà que je ne suis pas sur Facebook ! Et pourquoi donc, demanderez-vous ? Parce que j’ai calculé, tout simplement, qu’une heure de Fb (une heure d’écran supplémentaire par jour) représenterait 500 grammes par mois, c’est à dire six kilos par an de plus pour moi. Je ne peux pas me le permettre car je dois être alerte et légère pour assurer mon métier trépidant et surtout, être en forme pour ce que je préfère : les rencontres et ateliers dans les écoles ! C’est d’ailleurs comme ça que j’ai commencé l’année 17, je ne sais pas si je l’ai écrit : à l’école d’Aubergenville. Merveilleux souvenir de la cour aux corneilles posées sur les poteaux de foot…

Les huit mois qui viennent de s’écouler furent très pleins. C’est pour ça que je n’ai pas eu le temps d’écrire ici : embauche de Magali (pendant six mois) pour assurer la promotion de Saison d’Issa, notre (seule) nouveauté de l’année qui est un succès… et bien sûr les salons, les ateliers, le travail à la revue Gong et à l’Association francophone de haïku et aussi, pour moi, TROIS livres parus : La Fleur de Chiyo, mon premier roman aux éditions Henry. L’histoire d’une femme poète qui vit au bord d’une mare et écrit de la poésie. Le liseron devient sa fleur interdite et une menace plane… et… il faut le lire ! Puis sont parus aussi (les deux aux éditions Leduc.s) : Mes premiers haïkus pour bien grandir (un mauvais titre mais de merveilleux dessins à la main de Chiaki Miyamoto) et La Magie du haïku, un guide pédagogique pour écrire des haïkus avec ses enfants. Tout cela m’a pris beaucoup de temps, du printemps à l’été inclus. La rentrée l’irolienne en a été un peu éclipsée mais ça y est, je reprends les rênes de mon entreprise et je mijote les nouveaux projets, secrets bien sûr.

Reste à parler de la mare. Elle va bien et ses habitants aussi. Ce printemps dernier nous avons eu trois nichées de poules d’eau, un record. Et pour la première fois, les hirondelles ont choisi notre garage : un honneur et cinq hirondeaux. J’entends par la fenêtre ouverte, ce 18 octobre, du bruit d’ailes dans la vigne vierge rouge…

 

les trilles outrés
du troglodyte d’octobre
– chatte à sa toilette

A suivre !

isabel

 

 

 

 


Billet de l'éditrice du 18.10.2017

Merveilleux atelier

 

Merveilleux atelier

Au collège de Poix de Picardie, accueillie ce mois de juin par Aurore Pointin, documentaliste, j’ai rencontré des 6èmes…

J’ouvre au hasard le livre Trois feuilles sur la treille et lis :

Petits pas pressés
Sous les lourdes frondaisons
l’odeur de la pluie

… de Monique Mérabet, haïjin réunionnaise.

Voilà un merveilleux haïku ou plusieurs sens se mêlent. L’ouïe, l’odorat, le toucher aussi. Je demande aux enfants ce qu’ils savent de l’île de la Réunion, sa localisation, son climat. Aussi : qui peut-être le protagoniste de la première ligne ? Les réponses fusent : Une petite grand-mère ? Un enfant ? Ou une femme au long sari ? Ce mystère de la première ligne est intéressant, on pourrait écrire une histoire !

Et la frondaison ? Nous cherchons sa définition dans le dictionnaire et trouvons des mots proches : touffu, exubérant, dense

Puis, cahier et crayon en main, nous sortons dans la cour du collège expérimenter cette forme de végétation car les dernières draches (pluies picardes) ont rendu la végétation spécialement opulente. Je demande aux bientôt adolescents de toucher les écorces des bouleaux, un buisson gonflé d’eau, la colonne en zinc… et de regarder le lierre épais qui cache les troncs des érables et tout ce qui saute aux yeux : les fourmis mais aussi deux hommes en train de souder le toit du gymnase.

Ecrivez de courtes phrases (mais pas trop courtes) pour noter tout ça, leur dis-je… Nous en ferons des haïkus à notre retour à la bibliothèque. Vous avez le droit de tout écrire !

Cet atelier tactile a merveilleusement bien marché, tout le monde s’est pris au jeu d’écrire et nous récoltons de très beau textes.

Deux hommes sur le toit
Les flammes touchent le ciel
Souffle du printemps !

Maëlle

Billet de l'éditrice du 13.07.2016

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