EN 17 : LE TEMPS DE REGARDER

 

EN 17 : LE TEMPS DE REGARDER

J’allais écrire une parole d’éditrice lucide avec un titre du genre : 2017, COURAGE ! (mon clavier a fourché et j’ai écrit COUGARGE. Mystères de la correction automatique.)

Alors je me suis demandé : cette lucidité janvieresque est-elle due à l’époque (…) ou au fait que je vieillis ? Plusieurs choses se sont allumées dans mon cerveau (lent, comme celui de mon amie Agnès) pour me faire changer (très vite) d’avis (Et oui je vieillis ! Il me faut donc être spécialement attentive pour ne pas tomber héhé dans ce panneau trop facile…) :

1 (er janvier); alors que je prenais mon café du matin, un nid est soudain apparu sur une des fourches du saule de la mare. Comment est-ce possible ? Je l’aurais vu perdre ses feuilles sans voir le nid ? Ou alors, a-t-il été construit pendant les fêtes par une tourterelle hyper hacendosa ? Voilà un fait irréfutable qui change le paysage et donc la donne. (Au fait, vous avez jusqu’au 31 janvier pour participer au concours L’iroli dont le thème est EN TRAVAUX).

2 (janvier); merveilleuse commande de 17 Perce-oreilles d’Eric Gilberh, notre talentueux auteur. 17 livres d’un coup en 17 ! Une classe doit être en train de l’étudier grâce à un prof bien malin. Que l’intéressé.e se manifeste, nous lui ferons un cadeau et 17 bises !

3 (janvier); Jean F., jeune poète, m’appelle pour me donner des nouvelles et me revoir avant son retour en Allemagne où il étudie. La mèche blonde, minci et beau, devant un thé et la cathédrale au choeur le plus haut du monde, il me parle de ses longs poèmes complexes et conceptuels qui sont sur sa clé uessebé. Il faut vraiment que je retrouve le chargeur de mon mac dans le désordre de mon bureau… Ranger à fond serait même la première chose à faire un début janvier, comme les Japonais. Les Japonais font des choses très bien pour démarrer l’année, chacun de leurs gestes est spécial et significatif, il faudrait les imiter au moins en janvier. J’aime et je déteste le Haïku me répond Jean F., voyant très bien où je veux en venir alors que je viens de lui offrir l’excellent Le cri des grues de Jérémy Monteau (AFH).

3 (janvier bis); en rentrant à Plouy Saint-Lucien où je vis, j’écoute au volant une émission sur Colette. Je ralentis pour écouter et scruter le disque du soleil dans le ciel opalescent. Une éolienne joue les pendules en ne laissant paraître qu’une seule pale en dessous des nuages pâles… Colette était une journaliste spéciale car « je prends le temps de regarder », disait-elle. Et : « Laissez tomber la littérature et ce sera parfait » avait-t-elle même conseillé à un auteur en herbe qui lui soumettait ses textes. Voilà qui me ravit. Je lève le pied pour mieux écouter et ne rien perdre du spectacle du blé d’hiver qui lève sous sa couche de givre.

4 (janvier); je suis, je le sais, définitivement poète ! Je peux donc vous souhaiter une année 2017 pleine de Poésie… En prenant le temps de regarder les belles petites choses du monde et aussi le film Paterson de Jim Jarmusch… et en laissant tomber tout le reste, le superflu et les médias.

Après avoir vu le film, prenez un nouveau cahier et écrivez au moins 17 syllabes pour commencer.

premier janvier 17 –
le ciel est tout blanc
comme une feuille blanche

(haïku imparfait, tordu, avec une comparaison en plus ! Mais nous allons bientôt publier des haïkus d’Issa, merveilleusement illustrés par Erlina Doho)

Billet de l'éditrice du 04.01.2017

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