Je me distribue moi-même

 

Je me distribue moi-même

Une commande matinale dans ma boîte mail me réjouit. Comment est-elle arrivée là ? Celles d’Alizé-SFL arrivent à 3h 20 exactement et sont pour moi une magie. 

Qui a travaillé pendant la nuit ? Qui demande ces livres ? Où vont-ils ? Vers une plate-forme, un entrepôt, un lieu où l’on travaille avec des élévateurs, des casques, des chaussures de protection pour acheminer tous ces livres vers les points de vente, les lecteurs ? 

Parfois c’est un libraire qui envoie une commande la nuit ou le dimanche, comme La Palpitante de Mens… Amusant car c’est à Mens (en Isère) que j’ai fait mes premiers stages agricoles, j’avais quinze ans et je voulais devenir fermière.

Je ne me pose pas assez de questions. Je préfère répondre « présente », obéir à la magie. Pourtant, je ne suis pas quelqu’un d’obéissant. C’est pour cela que j’ai choisi ce métier : pour décider ce que je fais chaque jour et la façon de faire, ou à peu près…

Mais aux commandes j’obéis ! Au point de m’en occuper immédiatement. 

Je commence par nourrir le fichier des ventes, et j’en profite pour vérifier les paiements (parfois il faut rappeler les libraires, futur.e.s stagiaires vous aurez à le faire aussi)… 

Ensuite, j’émets, la facture : le numéro, la date, le numéro de la commande, la remise, l’échéance. Et je joins un mot. En janvier j’écrivais « Bonne année les libraires ! », en février « Bonne Chandeleur aux lecteurs »… 

Enfin je fais le paquet, car « je me distribue moi-même », comme on dit. Vu le temps que je mets à soigner les quatre coins du livre avec des chutes de papier on peut dire, en effet, que j’y mets, j’émets de moi-même… Et quand un de mes cheveux colle au scotch, je ne l’enlève pas.

Vient le tour de l’enveloppe, taillée sur mesure. Pour écrire l’adresse, je choisis le stylo, la couleur, j’ajoute parfois un dessin selon le nom de la librairie et mon humeur du jour. A chaque paquet que je fais, je me dis que c’est la vie exacte que je me suis choisie, que je ne veux rien faire d’autre. : une vie d’éditrice-poète, qui ne cesse de m’étonner et me donne de la joie. 

Parfois le paquet revient, comme celui-ci en haut. L’adresse était pourtant la bonne mais les chiffres ont été tracés « à la française », je vais donc recommencer…

Pour l’étranger, il y a heureusement le tarif Livres & Brochures, inexistant pour la France. Avec l’association des éditeurs des Hauts-de-France, nous allons nous mobiliser pour que ça change.

isabel

Billet de l'éditrice du 24.02.2020

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