Thierry Cazals

Il y a les livres que l’on écrit en suivant un chemin balisé : un plan, un canevas longtemps élaboré, un concept plus ou moins verrouillé à l’avance. Et puis il y a les livres qui viennent bousculer tous nos projets préétablis, des livres qui nous tirent par la manche et s’imposent à nous, sans que nous les ayons vu venir.
Ces livres, assez rares finalement, sont comme des éclairs de foudre ou des arcs-en-ciel.
À la fois totalement imprévisibles et incontournables.
C’est le cas des deux ouvrages que j’ai eu la chance de publier aux éditions l’iroli : La volière vide (un recueil de haïkus, écrit avec Vincent Delfosse) et Les herbes m’appellent (un recueil de haïkus du couple de poètes japonais Niji Fuyuno et Ryu Yotsuya, accompagnés de longs essais de ma plume). Ces deux ouvrages sont nés du même élan.
Redonner vie et voix, par la magie de l’écrit, à des êtres trop tôt disparus (que j’ai eu la grande chance de rencontrer).
Que ce soit Vincent Delfosse (fauché à 25 ans par un accident de la route) ou Niji Fuyuno (disparue à 59 ans, à l’acmé de son art), je sentais que ces vies éphémères avaient besoin de se perpétuer dans le miroir d’un livre. Il ne s’agit pas là d’un simple hommage.
Mais d’une tentative de restituer (ressusciter), dans l’intimité du papier, la présence poétique d’un cœur qui continue de battre par-delà la mort et l’oubli — preuve que les êtres, comme les étoiles, ne s’éteignent jamais tout à fait. Ces deux livres — accueillis, accompagnés et accouchés par isabel Asúnsolo — sont des aventures uniques, inclassables, répondant aux seules lois du cœur.
Année après année, ils continuent de tenir une place à part dans mon existence. Générant toute une série de coïncidences, de synchronicités, de rebonds émouvants.
Ainsi, en avril dernier : chaque élève de deux classes de première (à Royan) s’est approprié un haïku parmi tous ceux de La volière vide, le disant sur la scène de l’amphithéâtre du lycée, le mimant dans une chorégraphie minimaliste, me le redonnant à voir et à entendre, comme s’ils venaient d’être écrits à la seconde même.
Moment de grâce et de reconnaissance.
C’est pour cela qu’on écrit.
Pour vivre de tels instants de vertige exact.
Isabel Asúnsolo l’a bien compris, elle qui laisse une grande place à l’inattendu dans ses projets, elle qui mijote longtemps ses livres dans la grande marmite du temps pour, parfois, d’un coup, en faire jaillir un autre.
J’aime ces deux livres qui m’ont écrit, autant que je les ai écrits.
La volière vide et Les herbes m’appellent parlent très peu de ma propre biographie.
Et pourtant, c’est peut-être là où, tout en me penchant au plus près de la parole de l’autre, je me suis, finalement, le plus dévoilé, le plus montré tel qu’en moi-même.
Thierry Cazals (5 mai 2015)

 

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Chez l'iroli : La Volière vide   Les Herbes m’appellent