Une éditrice spécialisée dans la poésie japonaise

Isabel Asúnsolo est auteur et éditrice à Beauvais depuis 14 ans. Au fil des ans, sa maison d’édition « L’iroli » s’est spécialisée dans les haïkus, une forme de poésie très brève venue du Japon.

isabel Asúnsolo, 53 ans cette espagnole originaire de Madrid, ingénieur agricole de formation, s’est installée à Beauvais en 2000 pour raison professionnelle: « J’étais responsable de l’enseignement des langues étrangères à UniLaSalle ». Mais, arrivée à la quarantaine, en 2005, elle décide de prendre une nouvelle direction en suivant sa passion de toujours pour la lecture et l’écriture: « J’ai fondé ma maison d’édition ». « L’iroli » c’est son nom est installée au Plouy Saint-Lucien: « Je lis beaucoup au lit et je trouvais le jeu de mots sympathique, j’ai ensuite appris qu’en japonais, cela correspond à un petit brasero qui sert à faire chauffer le thé et la nourriture dans les maisons paysannes ».

23 000 LIVRES VENDUS

La maison d’édition qui va célébrer cette année son 14e anniversaire a publié plus d’une trentaine d’auteurs, à travers une quarantaine d’ouvrages et vendu près de 23 000 livres. Au fil du temps, l’éditrice s’est forgé une solide réputation en matière d’haïkus. Haï…quoi ? « Traduit du japonais, cela veut dire court poème tout simplement » sourit l’éditrice. Souvent contenus en trois lignes, ces bribes de poésie asiatiques sont souvent le fruit de l’observation du monde par leurs auteurs, une forme de journalisme poétique ? « Oui c’est un peu ça, on y parle de choses très simples, du quotidien, des petites choses ». Si isabel écrit depuis l’enfance, elle n’a fait la rencontre des haïkus qu’à 40 ans : « C’était à un salon de la poésie à Chantilly, ça a changé ma vie » Ce qui lui plaît dans cette forme de littérature : « La brièveté, la concision, très peu de syllabes, on ne bavarde pas dans le haiku, j’aime l’économie des mots, on va à l’essentiel pour transmettre une petite émotion ».

POÈMES NIPPONS

L’éditrice a l’œil affuté et à plusieurs reprises pendant notre entretien, elle ne peut s’empêcher d’évoquer différents détails qu’elle voit ici ou là, par ici, un petit olivier par la fenêtre, là sur une table de notre bureau, les vestiges d’une pause café qui se transforment sous sa plume en poème aux accents du Pays du Soleil Levant : « Lendemain de Pète / deux verres bleus empilés / une cuillère ». La poète explique que la force de cette forme de poésie réside aussi dans ses « multiples interprétations ». « Chacun se fait son film, c’est très libre, il y a beaucoup de place pour le non-dit… » Parmi tous les ouvrages qu’elle a publié, s’il y en a un qui lui tient plus à cœur qu’un autre c’est « Cent haïkus pour la paix ». Cet ouvrage, aujourd’hui épuisé, sera bientôt réédité. Composé de 128 pages de Haïkus, traduit dans plusieurs langues, accompagnés d’illustrations réalisées par Sausen Mustafora, une illustratrice picarde aux origines cosmopolites : « Je crois qu’elle est russe et iranienne ». Quand on fait remarquer à Isabel qu’elle est elle-même une espagnole qui vit en France et qui écrit de la poésie japonaise, elle rebondit : « Le haiku se pratique partout dans le monde car il se traduit relativement bien comme il n’y a pas de rimes »

A Beauvais, les haïkus sont bien représentés notamment par Catherine Tolleron et Guy Le Quen, deux auteurs locaux dont elle a édité certains haïkus dans son dernier recueil paru en novembre : « Un haïku pour le climat ». Un ouvrage pour soutenir de façon poétique la lutte contre le réchauffement climatique. Ce livre a été édité avec le soutien de la région Hauts-de-France, le concours du CLER et de l’Association Francophone du Haïku également basée à Saint-Lucien: « Nous sommes 300 adhérents dont de nombreux québécois, on ne le crie pas sur les toits mais en fait Beauvais, c’est la ville du Haiku » sourit l’éditrice.

DEUX AUTEURS DE HAÏKUS BEAUVAISIENS

Isabel n’arriverait sans doute pas à résumer en un haïku tous les bénéfices que semble lui apporter la pratique du haïku qui pour elle ne se résume pas qu’à une forme de poésie mais plutôt à « une philosophie » : « Ça apporte de la sérénité mais aussi le fait d’être attentif aux petites choses, quand on se concentre pour les observer, ça nous enlève toutes les images négatives que l’on peut avoir en tête ». L’éditrice qui organise de nombreux ateliers de découvertes des haïkus notamment dans les écoles du Beauvaisis souligne l’accessibilité de cet art : « Les enfants adorent écrire des haïkus… Ils aiment le fait de sortir de l’école, d’observer les petites bestioles, le givre sur une feuille… Tout le monde peut écrire des haïkus et chacun peut y trouver quelque chose de différent »

Jimmy Hauteclocke

Date de parution : 04-01-2019
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Type de média : Presse Quotidienne Régionale
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