Steven & Steven

 

Steven & Steven

Je viens de finir un cycle d’ateliers sur la Paix dans les collèges de la Somme. Depuis la rentrée, grâce à l’initiative du Conseil départemental, j’ai rencontré une dizaine de classes de 3ème (14-15 ans) pour leur faire découvrir le poème Haïku et les faire écrire. J’aime cet âge, j’y retrouve la candeur de l’enfance, la pudeur en plus, voire une terrible timidité. Mais tous acceptent de jouer le jeu de la poésie, de sortir voir les choses de près et les nommer… Tout commence par là, leur dis-je : voir de près. J’aime la diversité de ces adolescents, ceux des collèges urbains d’Amiens tout autant que ceux, ruraux. Ces derniers aiment la nature, la chasse, les chevaux et connaissent le nom des oiseaux et des plantes. Les collégiens d’Arthur Rimbaud d’Amiens ne la connaissent pas trop, alors je leur fais toucher le tronc du cerisier dans le petit patio intérieur du collège… Avec eux, je grimpe sur le rocher et m’émerveille de la coccinelle immobile sur le vieux pommier. Je ne retombe pas en adolescence, je suis bel et bien moi-même, reconnaissante de pouvoir faire ce que j’aime : donner envie d’écrire de la poésie à partir d’observations.

D’habitude, j’apprends tous les prénoms des élèves quand nous nous présentons en début de séance. Et je les oublie très vite, ce qui me frustre un peu. Alors, après chaque rencontre, j’essaie de retenir au moins un nom et le visage d’un ou d’une élève… Au collège d’Oisemont, en ce début de novembre, j’ai passé une délicieuse après-midi. Le saule pleureur, les hêtres et le bouleau de la cour recevaient le soleil très doux de l’automne, l’herbe gardait encore la rosée du matin et on ne cessait de regarder les feuilles de toutes les tailles et les bouquets de champignons sous nos pieds. Soudain, Steven a lancé : Regardez ! Dans les branches du bouleau, il y avait un nid que personne n’avait vu. À la fin de la journée, quand nous avons fini de récolter les petits poèmes, Steven m’a donné fièrement sa feuille (avec quatre haïkus !) et m’a lancé, sage : Et n’oubliez pas, Madame, de regarder vers le haut !

Le lendemain, j’étais au collège Béranger de Péronne, par un matin opalescent et froid. Nous sommes sortis dans le verger près du tout nouveau composteur. Par terre, j’ai signalé les pommes creusées à des degrés très différents par les coups de becs de merle… La télévision nous filmait mais ce n’était pas un problème. J’ai pris une pomme et l’ai mise sur la tête de Steven. Puis je l’ai laissée tomber par terre en demandant : Connaissez-vous Newton ? C’est lui qui a découvert la force de la gra…??…

Et Steven, sur le champ, a répondu : …titude.

Vous deux, Steven et Steven, je ne risque pas de vous oublier !

pour voir nos ombres
ce matin frais d’automne
j’attends le soleil

to see our shadows
this fresh autumn morning
I wait for the sun

manaña de otoño
para ver nuestras sombras
espero al sol

Justine Courmontagne (Collège Béranger de Péronne)

Vous pouvez envoyer vos textes sur la paix ici :
www.somme14-18.com/poemes-paix

isabel Asúnsolo, le 4 novembre 2016

Billet de l'éditrice du 06.11.2016

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